Israël : La Start-Up Nation face aux inégalités hommes/femmes

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Femmes en IsraelQu’ont en commun la femme d’affaires Shiri Arisson, l’épouse du Premier Ministre, Sara Netanyahu, et le top model de renommée mondiale Bar Refaeli ? Elles font partie du classement établi par le magazine américain Forbes des cinquante femmes les plus influentes d’Israël. Il est vrai que l’histoire d’Israël regorge d’exemples de femmes qui ont assumé de lourdes responsabilités, la plus connue d’entre elles étant assurément Golda Meïr. Dernière en date : le Dr. Karnit Flug, nommée Gouverneur de la Banque Centrale d’Israël la semaine dernière par le Premier Ministre Binyamin Netanyahu et le Ministre des Finances Yaïr Lapid.

Ces femmes de « pouvoir » participent à la perception majoritaire dans l’opinion publique selon laquelle la situation des femmes dans les sphères économique, politique, sociale et culturelle s’est améliorée ces dernières années et que la société israélienne est en marche vers une égalité pleine et entière entre hommes et femmes. Ainsi, de nombreuses femmes considèrent que leur statut n’a jamais été aussi bon qu’aujourd’hui tandis que les hommes sont majoritairement convaincus que leurs épouses et leurs filles vivent dans un monde qui les traite avec respect et justice.

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Pourtant, chaque fois qu’une étude paraît sur les inégalités hommes/femmes en Israël, elle vient contredire la perception qu’ont les Israéliens de la situation. La dernière en date a été publiée au début du mois par l’Institut Van Leer qui dédie une partie de ses travaux à la progression des femmes dans la sphère publique. Ces deux dernières années, les chercheurs de l’Institut ont développé un index qui mesure les inégalités entre hommes et femmes en Israël. Il prend en considération l’entrée des femmes sur le marché du travail, leur niveau de salaire, leur accès à des postes de responsabilité ainsi que leur exposition à la violence, aux discriminations et à la pauvreté. Cet outil statistique prouve, comme l’ont déjà montré de précédentes études, que l’idée même d’égalité entre hommes et femmes n’a pas encore été traduite en actions concrètes.

Ainsi, selon l’index, basé sur un ensemble de données collectées entre 2004 et 2011, le salaire des femmes continuent à être significativement plus bas que celui des hommes à emplois identiques – 63 à 66% de celui des hommes. Autre statistique : il continue à y avoir plus de femmes que d’hommes pauvres. Au niveau politique, le nombre de femmes à la Knesset ou dans les ministères continue à être très faible, eu égard à leur proportion dans la population.

A l’exception de l’accès à l’éducation où le fossé semble se résorber entre hommes et femmes, aucun secteur n’est épargné y compris celui de la high-tech. Selon le Bureau Central des Statistiques israélien, 35% des employés dans le domaine high-tech sont des femmes, une donnée qui n’a quasiment pas bougé depuis plus d’une décennie. « Je vois très très peu de femmes. Je vais à des conférences à des réunions de haut-niveau et il est très rare de voir des femmes » explique Ranit Fink, vice-présidente du développement de la start up israélienne Cellrox. Pourtant, les sucess stories existent au sein de la Start-up Nation. Kira Radinsky est la cofondatrice et la directrice du département technologie de la startup israélienne SalesPredict. Entrée au Technion à l’âge de 15 ans, docteur en science informatique à 26 ans, elle a créé un système d’exploitation des données pour Microsoft. Récemment, la revue du prestigieux Massachusetts Institute of Technology a reconnu Kira Radinsky comme la « plus jeune innovatrice » de son classement annuel « 35 innovateurs de moins de 35ans ».

Ceci étant dit, ces réussites féminines restent encore rares. D’après The Marker, dans un article paru au printemps dernier, sur les 20 startup israéliennes qui montent, seuls 8% des équipes sont des femmes. Evelyne Rubin, vice présidente de la plateforme de crowdfunding Our Crowd, résume la participation des femmes en ces termes. « Sur les six derniers mois, l’équipe de sélection de Our Crowd a rencontré seulement sept femmes entrepreneurs sur les 80 à 100 startups qu’elle voit par mois. ». 

On constate cependant des progrès intéressants, notamment sur l’importante participation des femmes haredi en tant que programmeuses et chargées de test de logiciel. De plus, le secteur des biotechnologies semble être dominé par les femmes. Selon le webzine Israel21c, près de 65% des employés dans les biotechnologies sont des femmes.

Ces exemples restent marginaux face au maintien des inégalités dans le monde du travail. Ainsi, une donnée illustre la difficulté des femmes sur le marché du travail. Près de 20% de femmes sont contraintes d’occuper un emploi à temps partiel pour répondre à leur « obligations familiales ». Elles reçoivent ainsi de plus faibles salaires et leur progression au sein de l’entreprise est compromise. A titre de comparaison, seuls 0,9% des hommes disent occuper un emploi à temps partiel pour les mêmes raisons.

La démocratie israélienne, qui prône l’égalité entre tous ses citoyens ne peut pas accepter de telles statistiques. Elle ne peut pas non plus se bercer d’illusions. L’apprentissage de l’égalité entre hommes et femmes n’est pas un processus naturel. Il faut l’accompagner. A coté du travail obligatoire de la Knesset pour faire adopter des lois censées promouvoir une plus grande participation des femmes sur le marché du travail, la véritable source du changement doit provenir d’une prise de conscience individuelle. Employés, collègues, époux, mais aussi les femmes elles-mêmes doivent être conscients des fossés qui continuent à exister dans la plupart des secteurs et s’interroger sur la façon de les réduire. C’est au prix de cet effort qu’une réelle égalité entre hommes et femmes pourra être atteinte.

 


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