Sept raisons qui permettent d’espérer des négociations fructueuses

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Pendant que les diplomates tentent de trouver un accord sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien,des négociations sur les accords de paix israélo-palestiniens sont menées.

Après cinq longues années d’impasse politique, israéliens et palestiniens réamorcent les pourparlers de paix. Au regard des précédentes tentatives infructueuses pour mettre fin au conflit, peu d’experts aux États-Unis et au Moyen orient restent  confiants quant à l’aboutissement de ce processus.

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Il est indéniable que de nombreux obstacles ont entravé  la réussite des précédents pourparlers de paix. L’histoire ne se répétant  jamais ; certaines des conditions actuelles intrinsèques au contexte géopolitique de ces nouvelles négociations ont évolué pour créer une lueur d’espoir afin que ces accords aboutissent.

Il y a sept raisons d’être optimiste quant à cette dernière série de pourparlers de paix israélo-palestiniens

1. Des négociations mieux préparées

Les pourparlers actuels ont mieux  été préparés que les précédents.  John Kerry, secrétaire d’État américain a soigneusement préparé le terrain et parallèlement  ses conseillers militaires se sont entretenus avec leurs homologues israéliens pour tenter d’arriver à des accords de sécurité qui répondraient aux exigences d’Israël pour un retrait militaire de Cisjordanie.

Des garanties ont été apportées aux israéliens, apaisant leurs craintes quant à l’ouverture d’un nouveau front terroriste, une condition jugée comme indispensable à l’aboutissement d’un accord.

2. Plus de temps

Les parties ont accepté de poursuivre les négociations en secret  pour une durée d’au moins neuf mois. Par manque de temps, au moins deux des précédentes tentatives de paix s’étaient soldées par un échec. En l’an  2000, lors des accords de Camp David, le Président Bill Clinton avait réuni  les dirigeants des deux camps pendant une période de deux semaines de pourparlers intensifs qui se sont finalement soldés par un échec. Leurs confinements dans cette retraite présidentielle d’une part, et le fait que Bill Clinton était en fin de mandat d’autre part, n’ont pas aidé.

En 2007 et 2008,l’ implication du premier ministre israélien Ehud Olmert, dans un scandale politique a interrompu dans la précipitation des négociations qui avaient pourtant bien avancé.

La conjoncture politique actuelle est telle que le président Obama et son homologue Israélien Benjamin Netanyahu entament tous deux leurs nouveaux mandats. Aussi, le fait que les deux parties se soient engagés à négocier pendant 9 mois  écarte le danger que l’un d’entre eux  quittent la table des négociations dès lors que les choses se compliqueront. Ils ne communiqueront pas aux médias sur l’avancée des négociations. Cette fois-ci, ils ont le temps et les moyens pour faire vraiment avancer les choses.

3. Le “Coût” d’un échec serait plus lourd

Les conséquences liées à un éventuel échec de ces pourparlers s’avéreraient désastreuses pour les deux parties. Contrairement au passé où les dirigeants des deux bords se sont sentis capables de se retirer sans avoir à en payer un prix politique lourd, aujourd’hui, un tel échec engendrerait une série de conséquences graves tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. Comme l’a écrit en juillet dernier  le chroniqueur au Washington Post David Ignatius: “Ce que Kerry a fait, en effet, est d’armer les deux parties d’un bâton de dynamite. S’ils ne parviennent pas à un accord dans les neuf mois, celui-ci explosera.»

Pour les Palestiniens, l’échec des négociations pourraient déclencher une crise économique grave, un possible effondrement de l’autorité palestinienne en Cisjordanie et le renforcement du Hamas, le groupe militant islamiste de la bande de Gaza.

Pour Israël, cela aboutirait à l’isolement diplomatique, la perspective d’un boycott international et un désaveu  à l’échelle internationale. La communauté européenne a récemment annoncé sa décision de suspendre dès 2014  le financement et l’octroi de bourses et de subventions accordées aux entreprises israéliennes, aux organismes publics et organisations ayant leurs sièges sur  les territoires occupés. M. Netanyahu a qualifié cette directive de “démarche très sérieuse et très inquiétante”.

 4. l’Héritage d ‘Abbas

Le Président palestinien Mahmoud Abbas aspire à être le père fondateur  d’un futur Etat palestinien. À 78 ans, il sait pertinemment  que ces pourparlers sont ceux de la dernière chance. Les colonies israéliennes sont de plus en plus nombreuses chaque année en Cisjordanie, à ce rythme il n’y aura plus d’espace disponible pour un État palestinien viable dans un futur proche. Plus il y aura de colonies israéliennes à évacuer selon les termes de l’accord, plus ce  dernier sera difficile à obtenir.

M. Abbas est  aussi conscient qu’un échec ne lui laisserait aucun autre choix que celui d’opter pour une position de repli, en postulant en tant qu’état membre  aux institutions internationales telles que la Cour pénale internationale et ainsi tenter d’influencer Israël par des pressions diplomatiques et économiques.

Abbas sait aussi que la démographie joue en sa faveur, le taux de natalité des palestiniens est plus élevé que celui de la population juive, d’autant plus que la population palestinienne est beaucoup plus jeune. Au cours des prochaines décennies, les arabes seront plus nombreux que les israéliens si la Cisjordanie reste sous contrôle israélien. Israël devra choisir entre rester un Etat juif ou une démocratie.

L’utilisation des prévisions démographiques comme effet de levier ne saurait remplacer la création d’un état palestinien qui serait le fruit de négociations et ne ferait que prolonger les années d’occupation israélienne.

5. Pression sur Netanyahu

Netanyahu se sent responsable historiquement pour conclure un accord de paix final entre les israéliens et les palestiniens  à condition que le prix ne soit pas trop élevé. Récemment, il a défini la paix comme étant un besoin vital pour maintenir l’identité d’Israël en tant que patrie juive et démocratique. Il a pris conscience qu’en cas d’absence d’un retrait de la Cisjordanie, les juifs seront en minorité et que le monde ne permettra pas à Israël de priver des millions de Palestiniens de droits démocratiques fondamentaux.

Netanyahu a vu son propre parti, le Likoud se radicaliser à  droite et sait que son avenir comme chef du parti est discutable. Pourtant, il entrevoit un avenir sombre à  Israël en l’absence d’une solution favorisant la création de deux états .Et retient ainsi l’option, de se porter à la tête d’une coalition large qui aurait plus de chance d’aboutir à un accord.

6. Changements dans le monde arabe

Contrairement au passé ou le monde arabe empêchait les Palestiniens de faire des concessions, il soutient autours ‘hui complètement l’effort de paix. La Ligue arabe s’est engagée s’il y a un accord à reconnaître Israël et à soutenir l’économie palestinienne.

Certains pays arabes tels que la Syrie qui, dans le passé, aurait  pu causer des problèmes ne constituent plus une menace. En outre, le Hamas, groupe fondamentaliste islamique à Gaza, a été affaibli par la destitution du Président égyptien Mohamed Morsi  et par la répression militaire envers les frères musulmans auxquels ils étaient étroitement  liés.  Si les pourparlers s’avérèrent prometteurs, le Hamas devra concilier avec Abbas et chercher un rôle politique dans un futur Etat palestinien afin de rester dans le jeu politique.

7. Kerry comme médiateur

M. Kerry promet d’être le médiateur de paix le plus efficace au Moyen-Orient et ce depuis Henry Kissinger. Kerry a fait de ces négociations son cheval de bataille, il a gagné la confiance des deux parties. Il a le soutien total du président Obama qui se tient prêt à intervenir personnellement pour combler les derniers obstacles à la conclusion d’un accord final.

Toutes les raisons évoquées ne permettent pas d’affirmer que le succès est assuré ni même probable mais le champ des possibles est ouvert.

Source : Alan Elsner, Christian Science Monitor, 12/9/13

Alan Elsner est un ancien correspondant du département d’Etat pour Reuters à Jérusalem et vice-président de la communication pour J Street, un groupe d’action pour la paix.


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