Les mots de Netanyahou à Hollande en sortant du mémorial de la Shoah

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Monsieur le Président, François, je suis heureux de vous accueillir ici, à Jérusalem.

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Vous êtes un invité d’honneur, comme vous l’a fortement suggéré la réception extrêmement chaleureuse que vous a réservée chaque citoyen israélien. Vous êtes un ami d’Israël, la France est une amie d’Israël, et nos deux peuples ont une relation très spéciale. J’ai expliqué ce matin les liens historiques qui existent entre nous, et j’en reparlerai demain. Ils sont très profonds, et durant cette visite, ils se traduisent d’une façon très concrète.

« Coopérer dans le présent pour mieux préparer l’avenir »

Nous cherchons à coopérer dans le présent pour préparer l’avenir : en matière de sécurité et de commerce, comme en économie, sciences et technologie, éducation, culture, relations internationales et autres domaines. Aujourd’hui, ce soir précisément, nous allons signer une déclaration commune pour encourager la coopération technologique entre entreprises françaises et israéliennes, encourager une plus grande collaboration en matière d’énergie ; c’est quelque chose dont nos deux pays ont besoin et que nous pourrons apporter à un monde qui tirerait partie de cette énergie, poussant également la coopération encore plus loin dans le domaine des transports publics et en renforçant le travail main dans la main entre les agences spatiales françaises et israéliennes. En enfin en encourageant les professionnels de la santé afin de compléter leur formation dans les deux pays et favoriser une plus grande coopération entre nos deux systèmes éducatifs. Si l’on coopérait dans tous ces domaines très concrets, cela nous rendrait plus forts, l’un comme l’autre, plus prospères, plus compétitifs. Les relations entre la France et Israël sont excellentes et je sais déjà que votre visite les rendra encore plus fortes. Et c’est donc un plaisir de vous accueillir, vous et vos ministres ainsi que la délégation qui vous accompagne à Jérusalem. 

« Nous avons appris à prendre au sérieux ceux qui disent qu’ils sont là pour nous détruire »

Nous revenons tout juste de Yad Vashem. Je ressens toujours une très forte émotion quand je m’y rends. Pour beaucoup d’Israéliens, c’est à la fois un traumatisme national et un traumatisme personnel.  Je vous ai mentionné l’œuvre d’un auteur bien connu, Vincent Sheean, qui écrivait quelques années avant la Shoah, que le peuple juif avait souffert du « complexe du pogrom». C’est ce qu’il a dit. Il a rejeté tous les avertissements et toutes les menaces qui ont abouti à l’horreur dont vous avez pu, ici, mesurer le degré.

Eh bien, nous n’avons pas ce « complexe du pogrom ». Du fait de notre histoire juive, nous avons appris à prendre au sérieux ceux qui disent qu’ils sont là pour nous détruire. Et je pense que du point de vue de l’humanité, il devrait y avoir une seconde leçon à tirer. Lorsque quelqu’un commence à attaquer les Juifs, il ne s’arrête généralement pas là. Le feu prend et se propage rapidement. A Yad Vashem, j’ai été touché du fait que vous ayez été si visiblement ému, et que vous ayez dit, en sortant, que l’expérience de la Shoah nous conférait à tous une responsabilité très particulière. François, je tiens à vous exprimer le fardeau que cette responsabilité fait peser sur moi en tant que Premier ministre d’Israël. Il est de mon devoir d’empêcher quiconque de menacer sérieusement ou de mettre à exécution une autre Shoah contre le peuple juif. C’est mon devoir, mais je crois aussi que c’est notre obligation commune pour défendre l’humanité, pour le bien de notre avenir commun.

« L’accord dont rêve l’Iran est un cauchemar pour le reste du monde »

Lors de la cérémonie de bienvenue à l’aéroport de Ben Gourion, vous avez dit qu’il était préférable d’avoir raison pour une minorité que d’avoir tort au sein de la majorité. Eh bien, je ne pouvais pas être davantage en adéquation avec vos paroles. L’accord qui est mis sur la table à Genève n’est pas un bon accord. Je crois que c’en est un mauvais et qu’il est même dangereux. J’applaudis le fait que vous ayez personnellement adopté une position plus dure et plus ferme, mais je suis préoccupé, très préoccupé par le risque que cet accord passe malgré cela, et que par un simple coup de crayon, les sanctions contre l’Iran soient réduites, ces sanctions qui ont pris des années avant d’être mises en place. Et en échange, cet Iran ne donnera pratiquement rien.

Comme vous, François, je veux trouver une solution pacifique, une solution diplomatique, et comme le secrétaire Kerry, je crois fermement qu’une absence d’accord serait préférable à un mauvais accord. Et je crois que cette affaire n’est pas uniquement mauvaise. Regardez comme les Iraniens sont impatients, regardez simplement comme ils sont impatients de retourner à Genève pour signer l’accord. Désormais, ils affirment qu’ils n’exigeront pas que l’accord inclut une référence spécifique à leur soi-disant droit à l’enrichissement, ils reculent déjà, comme on pouvait s’y attendre. Ils savent, et tout le monde le sait aussi, que l’accord leur permettra de continuer cet enrichissement, ils se disent donc qu’ils peuvent le faire dans la pratique. Et regardez qui obtient ce droit : un régime qui opprime brutalement son propre peuple, qui permet et qui aide même le régime d’Assad à mener un massacre brutal de civils innocents en Syrie, un régime qui planifie et qui mène des opérations terroristes à travers cinq continents.

Il est clair que cet accord n’est bénéfique que pour l’Iran et qu’il est vraiment mauvais pour le reste du monde. L’accord dont rêve l’Iran est un cauchemar pour le reste du monde. Donc aujourd’hui, je crois que le choix n’est pas entre un mauvais accord et la guerre. Au contraire. Chaque jour qui passe, l’Iran est placé sous une plus grande pression économique. Avec patience, avec détermination, il est possible d’obtenir un bon accord. Il faudrait pour cela maintenir la pression et l’intensifier progressivement. Obtenir un accord qui démantèlerait la capacité nucléaire militaire de l’Iran l’amènerait à démonter ses centrifugeuses et son réacteur à eau lourde produisant le plutonium.

François, je dis tout cela car je ne peux pas ignorer et m’asseoir sur une situation dont l’évolution pourrait mettre en danger l’existence de mon pays. Et en tant que Premier ministre d’Israël, j’ai l’obligation de protéger mon pays et l’avenir de mon peuple. Il est de mon devoir de tout mettre en œuvre pour protéger l’Etat juif de cette menace. Je sais que vous partagez cet objectif. Vous l’avez clairement affirmé, et vos paroles viennent du cœur. Elles  sont sincères et  réelles. Votre soutien, votre amitié sont tout aussi réels. Vous représentez une personne sur six lorsque vous affirmez, à raison, que dans les moments critiques, il est important de défendre ce qui est juste. C’est ce que vous avez fait, et je l’apprécie.

Je suis conscient que nous vivons des temps agités et j’espère que l’amitié, la sincérité, la chaleur de nos relations maintiendront le lien entre nos peuples, ce dont je n’ai aucun doute, pas le moindre doute. J’espère qu’elles seront un bastion de stabilité et de bon sens dans la période trouble que nous traversons, et un point d’ancrage qui pourra nous aider à mener nos peuples et notre civilisation commune vers des jours meilleurs. Et c’est pourquoi je vous souhaite, à nouveau, la bienvenue à Jérusalem. C’est de là que sont originaires quelques-unes des valeurs, plusieurs d’entre elles, qui ont été développées plus tard par la Révolution et la civilisation françaises. C’est un fil qui traverse notre histoire commune et je sais que cela vous est cher, à vous et au peuple de France. Alors je vous en remercie.


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