M. Golan, l’adieu au façonneur israélien de stars américaines

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Menahem Golan Stars

 

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Il était le seul homme au monde à pouvoir se targuer d’avoir tourné avec Captain America et Jean-Luc Godard. Maître de l’éclectisme avant toute chose, Menahem Golan était surtout un grand amoureux du septième art. Il s’est éteint le 8 août 2014 à Jaffa, en Israël, âgé de 85 ans.

Docteur Globus, Mister Golan

Né Menahem Globus en 1929 à Tibériade, celui qui s’est renommé Golan par patriotisme a d’abord servi dans l’aviation israélienne lors du conflit de 1948. Après des études de théâtre à Londres puis à New York, il débarque à Hollywood flanqué de son cousin Yoram Globus, pour conquérir le marché du film américain.

Les deux jeunes israéliens se lancent alors à la conquête d’Hollywood. Ils rachètent la Cannon, petite maison de production spécialisée dans les films de série B. Ce sont là les premiers succès de la Cannon, avant de s’attaquer aux films à gros budget.

Il lance alors la carrière de jeunes martiaux prometteurs comme le belge Jean-Claude Van Damme dans Bloodsport (Tous les coups sont permis) ou Chuck Norris avec Invasion U.S.A. Parmi les poulains de Golan, on compte aussi Sylvester Stallone, Charles Bronson ou Christopher Reeves.

Globus et Golan sont un duo endiablé, acharné. Le premier s’occupe des finances, l’autre du côté artistique. A l’apogée de l’ère Cannon, dans les années 80, c’est une quarantaine de film que produisent chaque année les deux cousins.

Entre nanars et films d’auteurs

Mais si Golan a financé moult nanars, allant de Portés disparus, Massacre à la tronçonneuse, Captain America et j’en passe, il a également produit Polanski (Pirates) et Godard (The King Lear).

Car c’est le propre des cinéphiles tels que Golan que de tout faire pour produire des films d’auteurs peu rentables sur le plan financier.  « Avec l’argent d’un blockbuster avec un Stallone ou un Chuck Norris nous pouvions financer les films artistiques. » avoue l’intéressé. La Cannon a d’ailleurs également produit des films qui ont séduit la critique, comme Love Streams de John Cassavetes qui rafla l’ours d’or à Berlin, Barfly de Barbette Schroeder ou l’opéra Othello de Franco Zeffirelli. En 1986, six de leurs films figuraient en compétition à Cannes.

Les rois de la croisette qui n’hésitent pas à comparer Cannes à La Mecque des cinéastes et à l’appeler le « festival de Cannon » étaient donc avant tout des amoureux invétérés du cinéma. Et prêts à prendre tous les risques pour produire un beau film.

The Go-Go Boy

Menahem, c’était aussi un producteur ambitieux, qui ne s’arrêtait pas aux préjugés. Globus le financier l’admet, on disait rarement « non » à la Cannon, souvent à son grand dam. Menahem c’était un « go getter », un homme à qui l’on aurait aimé montrer son premier scénar. Mais c’était également un réalisateur. La prise de risque, il en avait fait l’expérience en se frottant lui aussi à la caméra. Son Operation Thunderbold, opus de l’opération de Tsahal en Ouganda qui coûta la vie à Yori Netanyahu, frère de l’actuel président, lui valut une nomination pour les Awards des meilleurs films étrangers en 1978.

La mésentente Godardienne

Mais cette prise de risque lui apporta aussi certains revers. L’épisode Godard, notamment, dans laquelle il laissa quelques plumes. Séduit par celui qu’il appelait « le Dieu des cinéastes », il sort extrêmement déçu de sa production du King Lear. « C’était une histoire d’argent, » admet-il dans une interview à Arte à Cannes cette année. « Il prenait des avions pour venir nous réclamer de l’argent à LA et ensuite il a fait son film en une semaine dans son jardin en suisse. »

Ses conversations avec le réalisateur ont été mises en scène dans le film et il est personnellement blessé et désillusionné par le résultat.

« Vous pouvez constater que pendant de longs moments, Godard n’a fait que filmer un cheval blanc. Après, il explique que c’est un film sur le cinéma, sur les critiques, tout un discours fumeux qui ne me convainc pas une seconde. D’ailleurs je ne suis pas le seul : à la projection cannoise, la salle était pleine au début, vide à la fin ! Moi, j’étais complètement disposé à produire un film de Godard, un film d’avant-garde, tout ce que vous voulez, du moment que j’avais au bout un FILM ! King Lear n’est pas un film, c’est un “mishmash”, des bouts de pellicule assemblés n’importe comment.” »

Fin de série

La Cannon, c’est aussi l’histoire d’une boite de production indépendante qui n’a jamais vraiment été acceptée à Hollywood. L’homme qui filme plus vite que son ombre, Golan était aussi connu à Hollywood pour être la « seule personne capable de filmer en 1h15 un film d’1h30 »…

La maison de production fait faillite peu après The King Lear, les cachets de série B s’étant essoufflés et ne suffisant plus pour financer les blockbusters. Les deux cousins se séparent.

Menahem s’était retiré en Israël où il disait travailler à son prochain film. Il est mort en laissant dans son sillage le documentaire The Go-Go Boys, l’histoire de ces deux petits gars de Tibériade qui rêvaient d’Hollywood « et qui ont réussi » selon la réalisatrice Himelda Medalia.

Menahem disait travailler pour le public avant les critiques.
Il avait compris l’essence du métier de producteur : se faire le mécène de projets artistiques ambitieux- au sens large du terme.


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