Le juge arabe qui a mis le président d’Israël en prison

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Un Arabe israélien qui siège au panthéon du système judiciaire israélien, voilà qui n’est pas banal, direz-vous ! Et pourtant, le juge Salim Joubran, arabe chrétien et citoyen israélien, fête cette année ses dix ans à ce poste. Il faut d’ailleurs rappeler à qui n’est pas familier des institutions israéliennes que la fonction de juge à la Cour suprême n’a rien de symbolique : la Cour suprême est sans doute l’une des instances les plus importantes de l’Etat d’Israël, et son autorité est telle qu’elle est souvent en mesure de tenir la dragée haute au gouvernement et au parlement. Preuve en est, le fait que Salim Joubran est l’un des trois juges de la Cour suprême qui, en 2011, a jugé et condamné à la prison, l’ancien président d’Israël, Moshe Katsav.

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« Aujourd’hui, jour où le premier juge arabe permanent est nommé dans la plus haute instance judiciaire de l’Etat d’Israël, est un tournant très important pour la population arabe d’Israël », avait déclaré Joubran le jour de sa prestation de serment. De fait, son ascension reflète aussi l’intégration réussise des Arabes d’Israël. Une intégration soutenue activement par l’Etat : la discrimination positive est établie de longue date dans les universités et dans la fonction publique, et quels que soient les débats qu’elle suscite en France, elle démontre d’année en année son efficacité en Israël.

Mais si la Cour suprême israélienne est guidée par un souci de « représentativité » de la société, le juge Joubran ne doit sa nomination à aucune faveur. « Salim est tout simplement un excellent professionnel », témoigne son collègue le juge Lindendstrauss, « Certes, le fait d’être un citoyen arabe ne lui a pas causé de tort, mais ce sont d’abord ses compétences professionnelles qui ont justifié sa nomination. S’il n’avait pas eu le niveau qui est le sien en tant que juge, il n’aurait pas été nommé même s’il avait été un citoyen arabe important et respecté. »

Un homme respecté

De fait, le « phénomène Joubran » doit indéniablement à la compétence et aux qualités humaines du personnage. Ses collègues décrivent un homme ouvert et généreux, au caractère avenant, à l’humour acéré. Juges et avocats en conviennent, ce véritable bourreau de travail, souple et attentif aux arguments qui lui sont exposés, tranche volontiers en faveur d’une position qui lui revenait peu au départ.

Mais gare à la méprise : avec le juge Joubran, l’indulgence n’est pas de mise. Ce spécialiste des dossiers pénaux, adepte des décisions courtes quand d’autres se répandent en ‘considérants’ à longueur de pages, a même rendu la peine maximale quasi automatique pour des délits graves comme l’inceste ou le trafic de drogue. Pas de quoi ternir son aura, à en croire le juge Lindenstraus : « Tous les juges font l’objet de plaintes, généralement sous forme de courriers au président du tribunal », expliqu-t-il, « mais Joubran n’a jamais fait l’objet d’aucune plainte en dix ans d’exercice ».

En 2003, nommé à la Cour suprême, lâchant les faits divers pour se projeter dans l’univers des grands dossiers à fortes répercussions politiques, Joubran allait se confronter à un tout autre défi. Dans cette instance à qui il revient de trancher des cas difficiles impliquant juifs et arabes, le juge Joubran se montrerait-il plus sensible aux droits des minorités, au risque d’apparaître comme militant ?

Ce qui est certain, c’est que Salim Joubran n’a pas renoncé à son indépendance d’esprit. Il l’a d’ailleurs montré par un coup d’éclat, en avril 2013 : alors que le nouveau président de la Cour suprême prêtait serment, il avait refusé de chanter l’hymne national, provoquant un le tollé qu’on imagine… Mais s’en tenir à cette anecdote serait faire preuve d’une partialité fort peu judiciaire. Car l’on ne saurait dresser un portrait fidèle du juge Joubran sans mentionner ses nombreuses initiatives en faveur de la cohabitation entre Juifs et Arabes en Israël. Il a ainsi fondé le centre culturel judéo-arabe Beit Kedem à Akko, (Saint-Jean-d’Acre), et est membre du conseil d’administration de centre associatif judéo-arabe Beit Hagefen. Un engagement pour lequel il a reçu le prix Marcus Joseph Sieff.

Salim Joubran en quelques dates :
1947 : naissance
1963 : baccalauréat au lycée Terra Sancta d’Akko
1968 : MA en droit à l’Université hébraïque de Jérusalem
1970 : obtient sa licence d’avocat et exerce de manière indépendante jusqu’en 1982
1982 : Juge auprès du tribunal de grande instance de Haïfa
1993 : Vice-président de la cour d’appel de Haïfa
2003 : Juge au sein de la Cour suprême (siège permanent à partir de 2004)


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