L’incroyable histoire des enfants syriens en Israël

Shares

Israel Syrie

NAHARIYA, Israël – Une petite fille de 3 ans criait: “maman, maman” quand un étranger l’a secoué et essayé de la réconforter.

Sois informé en temps réel ! Suis-nous sur...

Elle avait été amenée de Syrie, à l’hôpital public de cette ville du nord d’Israël, Nahariya, cinq jours plus tôt, le visage noirci par ce que les médecins ont dit, être probablement une bombe incendiaire ou une bombe artisanale.

Dans le lit d’à côté, une jeune fille de 12 ans, se trouve dans un profond sommeil. Elle est arrivée à l’unité de soins intensifs pédiatriques avec une grave blessure à l’estomac déjà opérée en Syrie, et un trou dans le dos.

Une autre jeune fille de 13 ans, a passé ici, plus d’un mois se remettant de blessures nécessitant une chirurgie complexe du visage, du bras et de la jambe. Elle et son frère de 9 ans, s’étaient rendus au supermarché de leur village quand un obus les a frappés. Son frère a été tué dans l’attaque.

[like-gate]

[/like-gate]

Alors que les combats entre l’armée syrienne et les rebelles font rage depuis plusieurs mois dans les zones proches du Golan israélien, des dizaines de blessés syriens ont été discrètement transférés de l’autre côté de la frontière hostile, afin de leur sauver la vie en Israël, pays ennemi.

La plupart sont des hommes âgés de 20 à 30 ans, un grand nombre d’entre eux blessés par balles, et ayant vraisemblablement été impliqués dans les combats. Mais au cours des dernières semaines, il y a eu plus de civils blessés par des explosions, dont des femmes et des enfants qui sont arrivés seuls et traumatisés.

Israël a affirmé à plusieurs reprises sa politique de non-intervention dans la guerre civile syrienne, autre que sa volonté de frapper les stocks d’armes de pointe qu’il considère comme une menace pour sa sécurité. Les officiels ont également précisé qu’Israël n’ouvrirait pas sa frontière, de plus en plus fortifiée, à un afflux de réfugiés, comme la Turquie et la Jordanie l’ont fait, étant donné qu’Israël et la Syrie restent officiellement en état de guerre.

Mais les autorités israéliennes ont approuvé cette petite réponse humanitaire à la tragédie qui se déroule en Syrie, tout en faisant profil bas, réalisant de ce fait un équilibre entre des décennies d’hostilité et les exigences de proximité et de voisinage.

“La plupart arrivent ici inconscients avec des blessures à la tête,” a déclaré le Dr Massad Barhoum, directeur général de l’hôpital Western Galilee, ici à Nahariya, sur la côte méditerranéenne, à dix kilomètres au sud de la frontière libanaise. Il explique : “Ils se réveillent après quelques jours ou à n’importe quel moment et entendent une langue étrangère et voient des gens étranges”. “Quand ils sont en mesure de parler, leur première question est : “Où suis-je?”. Le docteur ajoute : “Je suis certain qu’il y a un premier choc quand ils entendent qu’ils sont en Israël.”

L’identité des patients est étroitement protégée afin qu’ils ne soient pas en danger quand ils retournent en Syrie. Des soldats sont assis à l’extérieur des salles où les adultes sont soignés afin de les protéger contre d’éventuelles menaces et les journalistes indiscrets. Mais les médecins accordent l’accès aux enfants dans l’aile fermée des soins intensifs à la condition qu’aucun détail qui pourrait compromettre leur sécurité ne soit publié.

Comme de nombreux hôpitaux israéliens, celui-ci soigne une population mixte de Juifs et d’Arabes ; son personnel comprend des médecins de langue arabe, des infirmières et des travailleurs sociaux. Dans le hall, une vitrine de verre contient les restes d’une roquette Katioucha tirée du Liban et ayant frappé le département de l’œil de l’hôpital, au cours de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. La fusée a pénétré quatre étages mais personne n’a été blessé parce que toutes les salles situées au nord avaient été déplacées dans les sous-sols.

Selon les estimations, plus de 100 000 personnes sont mortes durant la guerre civile syrienne et le docteur Barhoum, le directeur Arabe de l’hôpital de Nahariya, a reconnu que l’assistance médicale israélienne était “une goutte dans l’océan.” Mais il a expliqué être fier du niveau de soins que ses équipes peuvent fournir et fier d’être citoyen d’un pays qui lui permet de traiter chaque personne de la même façon. Il a ajouté que le coût des soins s’élevait jusqu’à présent, à des centaines de milliers de dollars et serait payé par le gouvernement israélien.

Depuis la fin du mois de Mars, près de 100 Syriens sont arrivés dans deux hôpitaux de Galilée. Quarante-et-un blessés graves ont été traités ici, à l’hôpital Western Galilee, qui dispose d’une nouvelle unité de neurochirurgie, ainsi que des installations de soins intensifs pédiatriques. Deux d’entre eux sont morts, 28 ont été soignés et transférés en Syrie, et 11 restent ici.

Par ailleurs, 52 Syriens ont été pris en charge à l’hôpital Rebecca Sieff dans la ville de Safed en Galilée. Le dernier, un homme de 21 ans avec des blessures d’arme à feu et des éclats d’obus, est arrivé samedi. Une femme de 50 ans, est arrivée vendredi avec un éclat d’obus logé dans le cœur ; elle a été envoyée à l’hôpital Rambam de Haïfa, la ville portuaire du nord, pour une intervention chirurgicale.

Peu de choses ont été révélées sur la façon dont les blessés syriens arrivent en Israël, sauf que l’armée israélienne dirige le côté technique de l’opération. Les médecins disent tout ce qu’ils savent, à savoir que les patients syriens arrivent par ambulance militaire et que l’hôpital appelle l’armée pour venir les chercher quand ils sont prêts à retourner en Syrie.

L’armée israélienne, qui exploite également un hôpital de campagne et des équipes médicales mobiles le long de la frontière syrienne, a été réticente à annoncer ces installations, en partie par crainte d’être inondée par un trop grand nombre de blessés syriens qu’elle ne serait pas en mesure de soigner.

Le lieutenant-colonel Peter Lerner, porte-parole de l’armée, a déclaré qu’ “un certain nombre de Syriens sont venus à la clôture, le long de la frontière dans le Golan avec différents niveaux de blessures.” Il a ajouté que l’armée a “sur une base purement humanitaire, facilité une assistance médicale immédiate sur le terrain et dans certains cas les a évacués vers des hôpitaux israéliens pour des traitements plus importants.” Maintenant, des efforts sont en cours pour emmener plus de parents dans les hôpitaux afin d’aider à calmer les enfants non accompagnés.

Selon le Dr Zeev Zonis, chef de l’unité de soins intensifs pédiatriques quand une jeune blessée de 13 ans est arrivée, elle était dans un tel état de peur et d’anxiété, qu’ ” une grande partie de notre traitement a consisté à essayer de l’embrasser dans une sorte de câlin virtuel”.

Quelques jours plus tard, la tante de la jeune fille est arrivée en provenance de Syrie. Elle a commencé à s’occuper des enfants syriens ici, vivant et dormant avec eux dans l’unité de soins intensifs. Le personnel et les bénévoles ont distribué des vêtements et des cadeaux.

La tante, le visage encadré par un hidjab serré, a expliqué qu’un obus avait frappé le supermarché de leur village soudainement, après une semaine de calme. Quelques jours plus tard, un homme arabe qu’elle ne connaissait pas est venu au village, “il nous a dit qu’ils avaient la fille,” dit-elle. “Ils m’ont emmené et sur le chemin m’ont dit qu’elle était en Israël. Nous sommes arrivés à la frontière. J’ai vu des soldats. J’étais un peu effrayée.”

Mais elle a ajouté que les soins de l’hôpital avait été bons et que “la peur était totalement passée”. Elle s’est montrée réticente à parler de la guerre, disant seulement: “Je prie pour la paix et le calme.”

Assise dans son lit dans un T-shirt rose de Winnie l’Ourson, la nièce, souriante, a expliqué que sa maison lui manquait. Elle et sa tante ont prévu de rentrer en Syrie quelques jours plus tard.

Interrogée sur ce qu’elle va dire quand elle rentrera à la maison, la tante a répondu: “Je ne dirai pas que j’étais en Israël. Il est interdit d’être ici, et j’ai peur des réactions”.

Cet article a été publié le 5 août 2013 dans le New-York Times sous le titre  : “Across Forbidden Border, Doctors in Israel Quietly Tend to Syria’s Wounded.


Shares

Commenter cet article

commentaires jusqu'à présent. Ajouter le votre