Inde – Israël : une histoire d’amour à son apogée

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58%. C’est la part d’Indiens qui soutient l’État d’Israël, une proportion supérieure à celle des Etats-
Unis qui ne sont « que » 56 % favorables à l’État hébreu, selon un sondage du Ministère des Affaires
Étrangères israélien datant de 2009. Il semblerait qu’aujourd’hui, les Indiens soient les meilleurs amis
d’Israël.
Pourtant, tel n’a pas toujours été le cas. Dès sa création, à moins d’un an d’intervalle de celle de
l’État juif, l’Inde indépendante a adopté une attitude froide, si ce n’est hostile à l’égard d’Israël. Il
faut attendre 1992 pour que l’Inde de Narasimha Rao établisse de vraies relations diplomatiques avec
l’État juif, alors que la Palestine avait établi sa mission diplomatique à New Delhi –bientôt dotée du
titre d’ambassade- en 1980, soit plus de dix ans auparavant.
Que s’est-il passé entre 1947 et 2014 ? Que peut-on attendre de la toute récente élection de Narendra
Modi à la Lok Sabha (chambre basse du parlement indien) ?
Pendant longtemps, l’Inde a choisi de temporiser sa population musulmane (1/4 de la population
aujourd’hui) au détriment d’Israël. En 1947, avant la partition avec le Pakistan, l’Inde était le premier
pays musulman au monde. Soucieuse de s’attirer les faveurs du vote musulman nationalement et des
pays arabes à l’international, elle a adopté une politique glaciale par rapport à l’État hébreu.
Se cachant derrière la lutte contre l’impérialisme, Nehru et Gandhi ont tenté de théoriser une
politique extérieure qui se voulait morale, mais qui était en vérité destinée à apaiser les musulmans
indiens et les pays voisins – dont l’Inde était extrêmement dépendante à la fois énergétiquement et
politiquement pendant la guerre froide. En pleine seconde guerre mondiale, Gandhi, symbole
planétaire de paix, est même allé jusqu’à dire que les Juifs devraient recourir à la non violence face à
Hitler, ce qui lui ferait « fondre le coeur ». Pourquoi ce positionnement? Sans conteste, parce que
Gandhi était avant tout un leader de l’indépendance, indépendance qui ne se serait pas faite sans
l’union des hindous et des musulmans. Pendant quarante ans, l’Inde a donc cherché à devenir l’amie
de ses voisins arabes, espérant s’attirer leur soutien contre son voisin et frère ennemi, le Pakistan,
avec lequel elle mène une lutte intestine depuis sa création. Sans succès.
Le paradigme a changé avec la fin de la guerre froide et l’implosion de l’URSS. L’Inde avait besoin
d’un nouveau partenaire face à un monde nouveau et de nouvelles menaces. Israël s’est alors imposée
comme une évidence.
En 1998, la coopération entre les deux nations s’accélère et fleurit sous le chapeautage du BJP
nouvellement élu. Déjà, le parti nationaliste admirait Israël. L’État hébreu est en effet devenu un
modèle pour l’Inde. En seulement vingt ans, le commerce bilatéral a explosé de 18 millions à 5
milliards de dollars. Les puissantes startups israéliennes et leur esprit novateur fascinent les
entreprises indiennes. Les étudiants et ingénieurs des deux pays se retrouvent pour parler de leurs
découvertes et de leurs progrès. D’aucuns parlent même d’une « coalition de nerds », Israël et l’Inde
se rencontrant fréquemment en finale des tournois mondiaux d’échecs.
C’est Modi le premier, qui, gouverneur de la province du Gujarat, a ouvert sa région aux
investissements israéliens et en développé son économie, affichant des taux de croissances à faire
pâlir les taux actuels de croissance chinoise, à savoir plus de 10% par an. Ahmedabad a d’ailleurs été
nommée troisième ville la plus expansionniste au monde par le magazine américain Forbes. C’est
donc avant tout son bilan économique alléchant qui a poussé 31 % d’Indiens à voter pour lui en mai
2014. Forbes a déjà dit que le plus grand perdant de l’élection indienne n’était pas Rahul Gandhi, le
rival du parti du Congrès (Indian National Congress), mais la Chine, qui va se voir rafler les
investissements étrangers par la nouvelle Inde de Modi.
Mais le secteur privilégié de ce rapprochement israélien est avant tout celui de défense. C’est un rite
de passage pour les jeunes soldats de Tsahal d’aller en voyage en Inde pour entraîner leurs camarades
du sous-continent.
Alors, l’élection de Modi va-t-elle changer la donne ? Va t-on assister à une accélération du
rapprochement indo-israélien ?
Le quotidien israélien Haaretz le voit déjà comme le premier ministre le plus pro-israélien que l’Inde
ait jamais connu. Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu l’a appelé le jour-même de sa
victoire pour le féliciter, ce à quoi Modi a répondu par une volonté de renforcer les liens entre les
deux pays. Modi aime Israël. Il aime sa « chutzpah », (son audace, en yiddish), selon un cadre de la
compagnie d’investissement Agiletree implantée au Gujarat. Il a d’ailleurs annoncé vouloir faire une
visite officielle en Israël, la première pour un premier ministre indien. Assurément, le rapprochement
indo-israélien est en marche, et Modi est à sa tête.
Car Israël comme l’Inde ont beaucoup à gagner de ce partenariat. Toutes les deux menacées par des
théocraties voisines qui pour l’une d’entre elles est déjà nucléaire, ainsi que par des attaques
terroristes soutenues par des pays voisins, les deux démocraties ont aujourd’hui plus que jamais
intérêt à joindre leur force pour faire régner la paix et la sécurité au Moyen-Orient comme en Asie.
L’Inde bénéficie du savoir-faire israélien en matière de défense, d’armement et de lutte antiterroriste.
Israël peut jouir en Inde d’une présence territoriale et navale en Asie face à des pays
officiellement hostiles à l’État juif comme l’Iran. Pour Israël, l’Inde est une formidable porte d’entrée
en Asie. Haaretz a déjà remarqué que la nouvelle politique étrangère israélienne se concentrait
dorénavant vers l’Est. L’Inde, qui bénéficie de bons rapports avec l’Iran, pourrait se révéler un atout
indispensable pour une négociation avec les Iraniens. Là où l’Occident a sans cesse échoué, l’Inde
pourrait triompher.
De même, pour l’Inde, Israël est une porte d’entrée vers l’Occident et les Etats-Unis. Les lobbies
israéliens et indiens travaillent d’ailleurs déjà main dans la main au Congrès américain.
Maintenant que la Chine –rivale millénaire de l’Inde- se rapproche de la Russie, va t-on assister à une
Guerre froide 2.0 ? Mercredi 21 mai 2014, la Chine et la Russie ont signé un partenariat sur le gaz
d’une valeur de 400 milliards de dollars, sur fond de crise ukrainienne et de possibles coupes de gaz à
l’Europe. Les axes se reforment. Chacun se positionne.
Narendra Modi, fidèle héritier du BJP et de sa politique bienveillante à l’égard d’Israël, institué de la
mission non moins titanesque de relancer la croissance indienne, va indubitablement resserrer les
liens avec Israël afin d’élargir la coopération militaire, économique, culturelle et humaine.

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