Interview exclusive : Coolisrael rencontre l’écrivain Amélie Nothomb en Israël

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A l’occasion de la traduction en hébreu de Journal d’une Hirondelle nous avons rencontré l’écrivain belge Amélie Nothomb le 12 février à l’Institut Français de Tel Aviv.

Chaque parution d’un nouveau livre d’Amélie Nothomb est un évènement, même ici à Tel Aviv. Est-ce la première fois que vous venez en Israël ?

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Oui c’est la toute première fois. Je peux vous dire que lorsque j’ai reçu l’invitation j’ai dit oui tout de suite alors que normalement lorsque je suis invitée à l’étranger je pèse toujours le pour et le contre, Israël je n’ai pas eu a réfléchir ! J’ai passé deux jours à Jérusalem c’était extraordinaire j’avais un apriori extrêmement favorable mais mon impression l’est plus encore.

Vous pensez qu’il y a un décalage entre l’image d’Israël en France et ce que vous venez de voir ?

Oui, lorsque j’ai annoncé que j’allais en Israël tout le monde était très jaloux puis il y a une personne qui m’a dit ‘’ah je trouve que tu as bien du courage parce que moi j’ai beaucoup trop peur pour y aller’’. Je dois dire que depuis mon arrivée je n’ai pas vu de raison d’avoir peur.

Pensez vous trouver l’inspiration pour un nouveau roman en Israël ?

Je n’en ai aucune idée, ce n’était pas le but de mon voyage. Dieu merci je n’ai pas une conception utilitariste de la vie. Maintenant si je tombe amoureuse de ce pays, ce qui est en train de se produire, et que je tombe enceinte d’un livre pourquoi pas. Il n’y a pas de préméditation. Je sens que les ondes sont riches.

Ce n’est pas très courant pour un auteur d’être traduit en hébreu, est-ce une décision personnelle ? 

Ce n’est jamais l’auteur qui décide ces choses là. La décision appartient au pays étranger. C’est Israël qui a pris la décision, il y a plus de 10 ans déjà, de traduire mes livres. Quelle fierté d’être traduite dans la même langue que la Bible, c’est énorme.

Votre grand-oncle Paul Nothomb parlait et enseignait l’hébreu. Est-ce une langue présente dans la famille ou bien s’est elle arrêtée à la génération du grand oncle ?

Mon grand oncle était un homme admirable, il avait 60 ans lorsque qu’il est tombé amoureux des sciences hébraïques et d’Israël. Il enseignait à la Sorbonne. Je ne suis pas encore sur ses traces mais qui sait ?

Parlons du livre que vous présentez à la Foire du Livre de Jérusalem, Journal d’une Hirondelle récemment traduit en hébreu. Pouvez vous nous en raconter l’histoire ? 

C’est l’histoire d’un tueur à gages, qui n’éprouve absolument aucun sentiment. Un jour il reçoit l’ordre de tuer une famille entière. Il se rend dans la maison de campagne de la famille et tue tout le monde dont une jeune fille. La mission est accomplie, seulement, après avoir tué la jeune fille il lit son journal intime et en tombe amoureux. C’est donc une histoire d’amour absurde.

Il dit je cite : ‘’ J’avais besoin de mon assassinat quotidien comme d’autres de leur tablette de chocolat noir ». Quelle est la tablette de chocolat noir d’Amélie Nothomb ?

L’écriture ! Je suis tombée sur une drogue légale. J’ai besoin de mes quatre heures d’écriture tout les jours. Je me réveille à quatre heures du matin et j’écris jusqu’à huit heures du matin sans tenir du décalage horaire, où que je sois et même quand je suis malade.

Vous dites ‘’ tomber enceinte de livres ‘’ afin de poursuivre dans la métaphore puis-je vous demander qui est le père de Journal d’une Hirondelle ?

Les trois quarts du temps il n’y a pas de père. Ce sont des cas d’immaculée conception. Ce qui m’a rendu enceinte de journal d’une Hirondelle a été un événement complètement fortuit. C’était un matin dans ma chambre à Paris, j’étais en train d’écrire lorsqu’une hirondelle est rentrée dans la chambre. L’oiseau a paniqué, j’ai ouvert grand les fenêtres mais il ne comprenait pas. L’oiseau était persuadé que je voulais l’agresser, le tuer, le manger. J’ai commencé à poursuivre l’hirondelle dans tout l’appartement. Au terme d’une demi-heure de poursuite j’ai pu attraper l’hirondelle et la libérer. J’étais dans un état de panique indescriptible. Pourtant je n’ai pas peur des oiseaux. C’est là que j’ai compris que j’étais devenu l’oiseau durant cette demi-heure.

Votre personnage Urbain, est tueur à gage. Il tue afin de pouvoir ressentir quelque chose. Pensez vous qu’il faille aller dans les extrêmes pour avoir l’impression de vivre ? 

Je suis loin d’être une tenante du meurtre mais j’ai vécu pendant de nombreuses années le drame d’Urbain. De 13 ans à 21 ans je n’ai rien ressenti. A 13 ans je suis devenue anorexique. L’anorexie à proprement parler s’est terminée à 16 ans mais il m’a fallu beaucoup de temps pour réapprendre à manger. Durant ces années je me sentais à peine vivante. Je peux donc comprendre ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui n’éprouve rien.

Une dernière question sur Israël, est ce que vous connaissez la culture israélienne ?

Je ne connais pas assez la littérature israélienne malheureusement. Il y a bien sûr Isaac Bashevis Singer qui est un écrivain magnifique que j’adore. En revanche je m’intéresse au cinéma Israélien, il y avait eu le magnifique Valse avec Bachir. Un peu avant j’avais adoré Tu marcheras sur l’eau. Et côté musique il y a deux groupes israéliens qui sont mes groupes préférés : Infected Mushroom et Void.

A ce propos Amélie, il y a un concert d’Infected Mushroom dans un mois ici à Tel Aviv !

Non ! Non ! Oh mon Dieu quel désespoir je vais le rater !

Il va falloir revenir ! Merci beaucoup Amélie Nothomb.

Elsa Mané


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