Qu’est-ce que la littérature israélienne ?

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Etudier l’évolution de la littérature israélienne, c’est plonger au cœur de l’histoire d’un peuple qui a vécu dans toute l’Europe avant de retourner sur sa terre d’origine. L’indépendance, la construction d’une identité nationale sont les premiers thèmes abordés par ceux que l’on considère comme les “pères fondateurs” de la littérature israélienne. Mais celle-ci ne débute pas en 1948 avec la création de l’Etat d’Israël. La littérature israélienne s’inspire d’une culture millénaire et des thématiques de la littérature hébraïque. Pour comprendre la littérature israélienne d’aujourd’hui, il faut donc remonter le fil de l’histoire.

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Un patrimoine littéraire juif très riche

Si la littérature hébraïque désigne la prose et les poésies rédigées en hébreu, elle ne représente qu’une petite partie de la production littéraire des Juifs. La particularité du peuple juif est de s’être approprié très tôt différentes langues. La Bible hébraïque comprend par exemple quelques passages en araméen. A l’époque antique, l’hellénisation de la Palestine est à l’origine d’une production littéraire juive écrite en grec. A l’époque médiévale, les juifs vivant dans le monde arabophone ont produit une abondante littérature en langue arabe. Enfin, aux XVIII et XIXe siècles, sous l’influence des philosophes des Lumières, les juifs d’Europe ont fini par adopter la langue des pays où ils résidaient. C’est donc l’ensemble de cette production littéraire qui constitue le patrimoine littéraire juif.

De la littérature hébraïque à la littérature israélienne

Alors que la littérature juive allemande, polonaise, française était à son apogée à l’époque moderne, des auteurs juifs ont souhaité revenir aux origines de la culture juive en écrivant en hébreu, seule garantie d’assurer la cohésion d’un peuple dispersé dans toute l’Europe. Cette littérature hébraïque moderne s’est donc développée en marge des autres littéraires juives. Issus du mouvement des Lumières (La Haskala), ces auteurs ont réutilisé l’hébreu non plus pour rédiger des textes sacrés mais pour écrire des textes profanes.

Avraham B. Yehoshua

A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, plusieurs milliers de juifs d’Europe s’installent en Amérique et en Palestine. La littérature hébraïque est alors à son apogée avec des auteurs comme Haïm Nahman Bialik ou Ahad Haam, considérés comme les Pères de la littérature israélienne moderne. On retrouve dans cette littérature hébraïque les références à la Palestine, terre du peuple juif.

L’idée d’un retour sur cette terre est donc déjà très présente dans ces textes de la fin du XIXe. Langue de prière, l’hébreu devient alors la langue du quotidien et la littérature hébraïque le support d’une construction nationale en marche. Avec la création de l’Etat d’Israël, la littérature hébraïque devient la littérature israélienne

Les premiers auteurs israéliens (des années 1920 aux années 1950)

Les premiers ouvrages de la littérature israélienne sont donc marqués par l’importance de la construction d’une identité commune. Agnon et Brenner, père de la littérature israélienne moderne, ont développé cette thématique dans leurs ouvrages. Dans cette construction, les auteurs tentent de réconcilier croyants et non croyants pour démontrer qu’il est possible de créer une culture commune. Dans ces ouvrages, Agnon décrit les doutes et les crises d’identité de ces personnages. En 1966, il recevra le prix Nobel de littéraire pour un ouvrage sur la Shoah et la disparition du monde juif d’Europe centrale.

La deuxième génération d’auteurs israéliens qui prend le relais des pères fondateurs dans les années 1940 et 1950 est marquée par l’obsession de l’indépendance d’Israël. Ce sont les premiers écrivains ayant l’hébreu comme langue maternelle. Leurs œuvres sont très idéologiques. Soldats pendant la guerre d’indépendance, ils défendent la création d’un Etat dont l’existence est déjà contestée par les pays arabes.

Les écrivains israéliens des années 1960 et 1970

Un groupe d’écrivains va rompre avec cette génération de l’indépendance en délaissant l’idéologie et en prenant
l’individu comme thème principal du roman. Amos Oz, Avraham Yehoshua, Yoram Kaniuk vont marquer  la littérature israélienne des années 1960 et 1970. Ils vont influencer le roman israélien moderne en expérimentant de nouvelles formes d’expression : les thèmes politiques sont désormais abordés sous forme d’allégorie et les héros de roman ne sont plus des immigrés obsédés par le retour sur la terre d’Israël et l’indépendance mais des personnages issus des villes israéliennes et des Kibboutz.

L’apogée de la littérature israélienne dans les années 1980 et 1990

La percée des auteurs israéliens sur la scène internationale date des années 1980. Amos Oz, Avraham  Yehoshua, Yoram

Amos Oz

Kaniouk et quelques autres, sont traduits dans le monde entier. La Shoah tient une place particulière dans cette littérature. Elle est racontée du point du vue des survivants mais aussi de la deuxième génération qui a dû assumer le poids du passé. Les relations conflictuelles entre israéliens et palestiniens sont également abordées dans cette production littéraire foisonnante. Pour ces auteurs, à la différence des Pères fondateurs, l’Etat juif n’est plus un idéal mais une réalité quotidienne avec les difficultés inhérentes à la cohabitation difficile entre juifs et palestiniens. Plusieurs écrivains se battent aujourd’hui pour un retour à la paix entre les deux peuples.

L’émancipation d’une nouvelle génération d’écrivains

La dernière évolution en date de la littérature israélienne moderne est l’émancipation d’une nouvelle génération d’écrivains avec le poids de l’histoire. Aujourd’hui, la littérature israélienne ne se résume plus aux problématiques de l’indépendance, de l’identité, à la Shoah et au conflit israélo-palestinien. La nouvelle littérature israélienne s’émancipe du passé. Les écrivains de  nouvelle génération ont les mêmes préoccupations que les autres écrivains du monde entier : l’amour, la mort, la solitude. Cette évolution symbolise une littérature arrivée à maturité, qui n’ignore pas le passé mais sans en être écrasée par son poids.

Bien évidemment, résumer ainsi la littérature israélienne est forcément un peu réducteur. A chaque époque, de nombreux auteurs se sont démarqués de ces grandes tendances, ont refusé de se voir imposer des thématiques et ont exploré d’autres formes de récits. Mais il est intéressant de noter que dans cette littérature, peut-être plus que dans toutes les autres, le poids de l’histoire a été l’élément moteur de la construction de la littérature israélienne.
Source : http://www.lalettrine.com/


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