Entretien avec Henri Cohen-Solal : “j’ai l’impression de contribuer à la paix”

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« Bait Ham » ou de Paris à Jérusalem et réciproquement : Une expérience unique auprès des jeunes en difficulté.Entretien avec Henri Cohen-Solal-Propos recueillis par Hagay Sobol

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L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) vient d’achever son XIVème sommet qui s’est déroulé à Kinshasa. Lors de cette session, le Qatar a adhéré en tant que membre associé et l’Uruguay a été admis en tant qu’observateur. L’OIF compte désormais 77 états et gouvernements. Et Israël dans tout ça ? L’état hébreu, dont plus de 10% de la population parle le français, reste toujours à la porte de cette noble institution. Ne nous attardons pas sur les raisons, mais mesurons grâce à une aventure humaine exceptionnelle, tout ce que cette organisation, et au travers d’elle, les populations concernées, perdent. Pour ce faire, nous avons rencontré le psychologue franco-israélien Henri Cohen-Solal, un pionnier en matière d’éducation auprès des jeunes en rupture avec la société. De passage à Marseille il donnera une conférence exceptionnelle le dimanche 2 décembre au Centre Edmond Fleg.

Hagay Sobol (HS) : Henri, bonjour. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’ai une question à vous poser. Vous êtes partie prenante d’un Collège Doctoral « Paris-Jérusalem », de quoi s’agit-il ?

Henri Cohen-Solal (HCS) : (Rires) Mais vous êtes parfaitement dans le sujet. C’est l’histoire d’un allez retour perpétuel. Je me partage entre les deux pays et les deux villes. Tout est parti de là. Nous étions un groupe de cinq jeunes français originaires de Paris, psychologues de formation qui a émigré en Israël dans le cadre d’un projet à l’initiative de la Mairie de Jérusalem. La France étant réputée pour son école de psychologie, en particulier sur les sujets de l’enfance et de l’adolescence, Teddy Kollek, le maire de Jérusalem à l’époque, avait l’ambition de développer des centres pour les jeunes en rupture sociale. Il nous a convaincu de venir. Alors on s’est lancé dans l’aventure ! Autant vous dire que nous n’avions pas conscience des difficultés et qu’avec les adolescents israéliens nous avons appris les uns des autres.

HS : Quel est le public concerné et comment cela fonctionne-t-il ?

HCS : Notre public ce sont tous les jeunes, filles et garçons quel que soit leur origine, ethnique, sociale ou religieuse. Nous essayons de leur éviter, surtout à ceux issus des quartiers les plus sensibles, la spirale infernale : la drogue, la dépendance, le rejet, et la violence en retour. Ils sont souvent sans repaire, avec une image dépréciée d’eux-mêmes. Ils vivent la société comme une agression, une incompréhension. Alors, nous leur donnons un cadre pour appréhender le monde et ses règles de manières positives et leur permettons de s’exprimer, de développer leur sensibilité et leur autonomie à travers la pratique du sport, des arts et l’informatique. Depuis la première « Maison chaleureuse » (Baït Ham en hébreu), nous avons fait nos preuves et le besoin est tel que nous avons ouvert 30 clubs de ce type dans le pays, nous en gérons aujourd’hui encore une vingtaine.

HS : Vous parlez de mixité de population, est-ce à dire que juifs et arabes vivent ensembles ?

HCS : Si toutes les maisons sont ouvertes, le principe étant de ne jamais refuser quiconque, il y existe cependant des prédominances juives ou arabes selon les quartiers et les villes où nous sommes installés. Mais par contre, en complément des « maisons », il y a les centres d’art et de sports où nous favorisons la réinsertion par la créativité. Lors des séances, tout le monde se retrouve. Juifs et arabes travaillent ensembles. C’est une vrai rencontre, un pas vers l’autre avec ses spécificités, et ses problèmes, mais aussi ses qualités que l’on essaye de mettre en avant. Avec les éducateurs c’est un échange permanant, une aventure commune et quotidienne.

 

HS : Comment mesurez-vous l’efficacité de votre travail ?

HCS : C’est très simple ! Les premiers à s’en rendre compte, ce sont les habitants des quartiers qui voient de moins en moins de bandes trainer et les rues redevenir calmes où il fait bon se promener. Car les jeunes, sont chez nous. Pardon, chez-eux. Il y a moins de 2% d’échec.

HS : Baït Ham étant devenu un réseau national, vous devez avoir un grand besoin d’éducateurs ?

HCS : Cette question va nous ramenez à notre point de départ. Pour répondre à la demande sans cesse croissante, nous avons ouvert des écoles pour former des éducateurs spécialisés. Il y en a trois désormais. Mais, ce n’était pas suffisant, car il fallait pouvoir transmettre l’expérience Baït Ham. Pour cela il était nécessaire de former des formateurs, des enseignants. Pas seulement pour Israël. Comme notre travail avait traversé les frontières, couronné par de nombreuses distinctions, plusieurs institutions françaises étaient intéressées par notre approche. D’où la création du Collège Doctoral « Paris-Jérusalem ». Les deux villes où tout a commencé, mais c’est aussi l’association de « la raison et la spiritualité ». Six universités sont partenaires : en France, Paris 5, Paris 7, Paris 13, et Aix-Marseille, ainsi que deux au Proche-Orient, l’Université Ben Gourion à Beer Sheva dans le Sud d’Israël, et l’Université Palestinienne Al Quds à Jérusalem.

HS : De quoi êtes-vous le plus fier ?

HCS : Je suis heureux de savoir que grâce à ce travail, nous avons donné une nouvelle chance à tous ces jeunes. Ils sont devenus désormais, dans leur immense majorité, des citoyens qui ont repris le cours de leur vie. Avoir permis ainsi d’éviter des drames et de nouvelles victimes, cela effectivement, ce n’est pas rien. A un autre niveau, de voir la troupe de danse « Jérusalem Plurielle » issue de Baït Ham, composée de six jeunes femmes et six jeunes hommes, pour moitié palestiniens et israéliens, dans une chorégraphie harmonieuse s’élever dans les airs, j’ai l’impression non seulement de faire œuvre utile, mais de contribuer à la paix. Cet espoir, me remplit d’un immense bonheur.

HS : Il est bien dommage qu’une telle approche ne puisse pas faire école au sein de l’organisation Internationale de la Francophonie.

HCS : Vous savez, je suis un incorrigible optimiste, rien n’est impossible. Je suis persuadé que bientôt par un moyen ou un autre, la raison fera son chemin, il suffit d’avoir la foi !

HS : Paris et Jérusalem en somme…

 

Baït Ham à Marseille au Centre Culturel Edmond Fleg

Une grande exposition réalisée par de jeunes israéliens de toutes origines juifs ou arabes qui ont en commun d’être en rupture et qui ont intégré le réseau « Bait Ham » afin de se réinsérer dans la société. Du 20 novembre 2012 au  23 décembre 2012.

Une conférence-témoignage sera donnée par l’un des fondateurs de Bait Ham : Henri Cohen-Solal. Franco-israélien, psychanalyste et éducateur de formation, il appelle à sortir de l’enfermement de la violence et à dépasser le désespoir. Il invite chacun à découvrir un chemin de confiance et de vie. Dimanche 2 décembre à partir de 17 h30.

Centre Fleg – 4 imp. Dragon – 13006 MARSEILLE ; [email protected] ; Info/résa : 04 91 37 42  01 ;

 


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