Israël : terre promise des africains

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Ils arrivent par milliers, musulmans et chrétiens, venus seulement pour  trouver la liberté en terre juive… Et pourtant, leur venue suscite autant la haine -comme le montre l’incendie de lundi dernier- que la volonté d’aider son prochain -comme le montre la surprenante histoire d’Antoni…

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Quittez le quartier !

Les recrudescences de racisme primaire et d’instinct xénophobes dans la plupart des sociétés occidentales, notamment animées  par la montée des populismes, ont pénétré le Moyen Orient. Quoi de plus surprenant en effet que d’observer en Israël -terre d’immigration dont la société et la culture ont été fondées par le mélange et la diversité culturelle- une frange de la population laissée pour compte ? Quoi de plus paradoxal de surcroît que  d’apprendre que le premier ministre Benyamin Netanyahou investisse de plus belle dans la clôture qui sépare Israël de l’Egypte pour freiner l’immigration africaine ? L’exode des sud-soudanais dans le désert du Sinaï soulève plus de craintes que de compassion de la part d’une société fondée sur d’innombrables exodes.

Depuis la mi-mai en effet, manifestations et soulèvements anti-africains se renouvellent dans les rues de  Tel-Aviv ou de Jérusalem. Lundi dernier, un incendie est perpétré contre un foyer de réfugiés africains à Jérusalem. Acte criminel pour la police israélienne, acte condamné fermement par le gouvernement. Une inscription lapidaire laissée sur le fronteau de l’immeuble scande le slogan “Quittez le quartier”.  Il semble judicieux de rappeler que depuis une quinzaine d’années, on dénombre plus de 60 000 immigrants clandestins issus des ethnies soudanaises et érythréennes sur le sol israélien. Ces immigrants, entrés en Israël par le Sinaï Egyptien, fuient la guerre qui sévit au Sud-Soudan entre les communautés chrétiennes et musulmanes.

Alors que la Knesset discute actuellement d’un nouveau plan concernant  le traitement des demandeurs d’asile et travailleurs immigrés, la police israélienne a arrêté  encore aujourd’hui une douzaine de migrants sud-soudanais dans la ville d’Eilat, ville frontalière avec l’Egypte.

Un traitement critique des minorités ethniques ?

C’est l’histoire d’Antoni, 27 ans et issu de l’immigration sud-soudanaise  suit de brillantes études à l’Université hébraïque  de Jérusalem… Dans une interview donnée à son université en janvier, il fait part du récit de son “exode” vers la Terre promise. Ayant fui son pays natal, il passe non sans difficultés la frontière égyptienne. Installé là provisoirement avec sa famille, il dénonce la condition des migrants noirs en Egypte.

“Ils nous passaient à tabac dans les rues […] nous nous rendirent compte que la seule possibilité qui se présentait à nous était de fuir en Israël via le désert du Sinaï. […] On m’avait dit qu’il existait un Etat démocratique juif.”  Il affirme même qu’il existe un sentiment de ressemblance entre Israël et le Sud-soudan pour les immigrants sud-soudanais. Aux yeux d’Antoni, lui et ses compatriotes pourraient trouver la paix dans ce pays car Israël aurait ce point commun avec le Sud-Soudan, celui d’être vu par les égyptiens comme une menace potentielle pour le Monde Arabe.

Son seul objectif : étudier. Débute alors pour lui une ascension universitaire honorable : Alors employé agricole dans un kibboutz, Antoni  part pour Tel Aviv  apprendre l’hébreu dans un Oulpan. Il parle aujourd’hui parfaitement hébreu et est parvenu par ce biais à obtenir un visa étudiant pour Israël et a intégré l’Université hébraïque de Jérusalem il a pu obtenir une bourse afin d’étudier dans les meilleures conditions.

Quelles solutions à ce malaise social ?

L’exemple d’Antoni est une preuve du système exemplaire du système d’intégration a l’israélienne. Système d’autant plus porteur d’espoir qu’il est promu par des jeunes de la nouvelle génération, étudiants ou professionnels, ayant bénéficié de l’efficacité de cette intégration depuis leur plus jeune âge. C’est le cas d’Israela Avtau, 23 ans, première mannequin israélienne noire issue de la communauté juive d’Ethiopie  devenue une égérie de la mode aux Etats Unis. De même, Yayo Avraham. Cet étudiant d’origine juive éthiopienne qui réalise l’exploit de traverser le pays en courant pieds nus. Souhaitant se faire la voix de sa communauté,  atteinte des reliquats de xénophobie d’un pays qu’il a choisi.

En tout état de cause, la question africaine en Israël s’inscrit clairement dans le débat controverse mais déjà engagée, notamment par l’ancien gouvernement Fillon, celui de l’identité nationale. Mais la tentation de l’amalgame et de la stigmatisation de l’étranger se font de plus en plus sentir, malgré les mises en garde de Benyamin Netanyahou  sur la remise en cause totale des fondements de la société israélienne qu’impliquerait le maintien de ces communautés à  long terme sur le territoire.

Jonathan Seror


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