Vague de violence à Jérusalem : que s’est-il passé et quelles solutions pour le futur ?

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Source : Rapport du Britain Israel Communications and Research Centre (Bicom)

 

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Les évènements

Vendredi 14 juillet, deux officiers Druzes israéliens, Hael Sathawi et Kamil Shanan, ont été tués après avoir été attaqués près de la Porte des Lions de la vieille ville de Jérusalem, à côté de l’entrée du Mont du Temple. Les trois attaquants, venant de la ville d’Umm al-Fahm en Israël, étaient munis d’armes automatiques Carl Gustav et d’un pistolet automatique.

Bien que l’on pensait initialement que les armes avaient été stockées dans l’enceinte du Mont du Temple, des vidéos ont montré par la suite qu’elles avaient été introduites clandestinement par les attaquants avec l’aide d’un complice. Les attaquants sont entrés individuellement dans la vieille ville par la porte d’Hérode et leur complice qui portait un sac contenant des armes les a suivi. Ils sont allés au Mont du Temple par la porte de la Rémission avant de pénétrer, armés, dans la mosquée Al-Aqsa, puis de repartir pour changer leurs vêtements et enfin de retourner au Mont du Temple avec les armes cachées sur eux et de tuer les officiers. Ils ont été blessés par balle et tués dans un échange de tirs avec des officiers de police israéliens près du Mont du Temple.

A la suite de l’attaque, le Commandant de la police de Jérusalem, Yoram Halevy, a évacué l’enceinte du Mont du Temple pour que la scène du crime soit examinée convenablement. C’était la première fois en presque 50 ans qu’Israël fermait l’enceinte un vendredi.

La police a ensuite ouvert deux portes aux fidèles musulmans à 13 heures, le dimanche 16 juillet, ainsi que trois autres, le lundi 17. Des mesures de sécurité additionnelles ont été installées, dont des détecteurs de métaux et d’autres caméras de vidéosurveillance. Bien que des membres du Waqf – l’institution islamique qui administre le site – se soit opposée à l’installation de ces mesures de sécurité et ait refusé de pénétrer le site, plusieurs centaines de fidèles passèrent par les détecteurs de métaux et prièrent sur le Mont du Temple. Des affrontements sporadiques furent déclenchés entre les forces de sécurité et les manifestants musulmans qui essayaient d’empêcher d’autres fidèles musulmans de se rendre à la mosquée.

Des altercations violentes entre la police et les fidèles se sont déroulées toute la semaine, alors que le clergé musulman et les officiers du Waqf commencèrent à prier en dehors du Mont du Temple pour protester contre l’introduction des détecteurs de métaux. Plus de cent personnes ont été blessées dans des affrontements et des bombes incendiaires, des pierres et des feux d’artifice ont été lancées sur des officiers de police dans les quartiers de Silwan et Issawaiya à Jérusalem-Est.

Des clercs hauts placés de Jérusalem ont demandé la fermeture, vendredi, de toutes les mosquées à travers Jérusalem et ont menacé d’organiser une prière de passe aux portes du Mont du Temple. Jeudi, les Forces de Défense d’Israël ont annoncé que cinq bataillons additionnels en état d’alerte seraient déployés par Israël en Cisjordanie, et il est prévu que la police déploie trois milles officiers de plus autour de la vieille ville vendredi matin.

La Maison Blanche a déclaré que les Etats-Unis étaient « très inquiets » et a demandé à Israël et à la Jordanie « de faire preuve de bonne foi afin de réduire les tensions et de trouver une solution qui assure la sécurité publique et la sécurité du site, et qui maintient le status quo ».

 

Qu’est-ce que le statu quo du Mont du Temple et est-il en train d’être compromis ?

Pendant la Guerre des Six Jours en 1967, Israël s’empara de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, y compris du Mont du Temple qui est un site sacré pour les Juifs comme les Musulmans. Selon les termes du « statu quo » qui a été établi après la guerre, le site est géré par une fondation islamique (Waqf) mais son accès et sa sécurité sont contrôlés par Israël. Les non-Musulmans ont accès et des droits de visite, mais sont défendus de prier sur le Mont. La Jordanie, qui contrôlait Jérusalem-Est de 1948 à 1967, sert de gardien du site sacré.

Les Palestiniens affirment que l’installation de détecteurs de métaux déstabilise le statu quo sur le Mont du Temple. Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas a écourté son voyage en Chine au vu de la « crise d’Al-Aqsa » et de la mobilisation des membres du Fatah dont le but est d’encourager les manifestations de rue. Les arguments concernant l’altération du statu quo se nourrissent de rumeurs propagées par des prêcheurs palestiniens extrémistes et la par la branche nord du Mouvement islamique en Israël, qui ont, depuis des années, soutenu qu’Israël prévoit de détruire la mosquée Al-Aqsa.

Israël a insisté sur le fait qu’il n’avait aucune intention de changer le statu quo sur le site sacré et a déclaré que les détecteurs de métaux ont pour but d’empêcher la terreur et ne sont pas différents des autres mesures en place sur d’autres sites religieux. Depuis plusieurs années, la Porte Mughrabi, d’où les visiteurs non-Musulmans entrent dans le Mont du Temple, a un détecteur de métaux, tout comme le Mur des Lamentation où des détecteurs de métaux et des gardes armés sont présents depuis longtemps. Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré : « Nous voulons résoudre cette crise de la manière la plus silencieuse possible, et restaurer le calme. Nous parlons au monde arabe et nous expliquons qu’il n’y a pas de changement du statu quo. » Il a aussi insisté sur le fait que « l’installation de détecteurs de métaux ne constitue pas de modification du statu quo. C’est simplement un moyen d’empêcher une nouvelle attaque armée. »

Israël a aussi indiqué que dans d’autres sites sacrés musulmans à travers le monde, des caméras de vidéosurveillance et des détecteurs de métaux ont été installés. A la Mecque, il y a plus de 5000 caméras de vidéosurveillance et plus de 100 000 personnes sont présentes pour assurer la sécurité pendant la période annuelle du Hajj.

Le Président Reuven Rivlin a parlé au Président turc Recap Erdogan jeudi et a répété qu’Israël respectait le statu quo au Mont du Temple.

En 2016, un accord israélo-jordanien concernant l’installation de caméras sur le Mont du Temple, afin d’empêcher l’accumulation de cocktails Molotov et de pierres, jetés depuis le site, s’est effondré dû à l’opposition palestinienne.

 

Le débat parmi les officiers de sécurité israéliens

Jeudi, des ministres gouvernementaux et des officiers de sécurité ont rencontré le Premier Ministre Netanyahou après son retour d’Europe, afin de décider de garder ou de retirer les détecteurs de métaux placés à l’entrée du Mont du Temple. Selon des rapports, des officiers du Shin Beth, des Forces de Défense d’Israël et de la Coordination des Activités Gouvernementales dans les Territoires (CAGT) ont exprimé des réserves quant à l’utilisation continue des détecteurs de métaux, tandis que le Ministre israélien de la Police et de la Sécurité Publique, Gilad Erdan, a insisté pour qu’ils restent en place. La police a déclaré : « Il n’y a aucun autre moyen d’assurer une inspection efficace pour empêcher des armes d’être introduites dans le Mont du Temple. »

Le cabinet de sécurité a finalement décidé « d’autoriser la police israélienne à prendre la décision qu’elle souhaitait afin d’assurer un accès libre aux sites religieux, tout en maintenant la sécurité et l’ordre public. » Des rapports suggèrent que la police a décidé que les détecteurs resteraient en place pour l’instant, et qu’elle utilisera son jugement pour décider des individus qui devront passer par les détecteurs.

 

Et maintenant ?

Des suggestions émises cette dernière semaine comprennent la suppression de ces détecteurs de métaux et la mise en place d’un contrôle sélectif, à l’aide d’un détecteur de métaux portatif pour les fidèles jugés suspicieux. Un autre compromis apparemment envisagé serait que les détecteurs de métaux soient opérés par des inspecteurs internationaux ou que les détecteurs soient retirés et remplacés par des caméras de vidéosurveillance dans l’enceinte du Mont du Temple.

Finalement, cela dépendra en grande partie de l’étendue de la violence prévue après la prière du vendredi. Si l’on suppose qu’une escalade significative peut être évitée, il est probable qu’un comité israélo-jordanien soit formé, en compagnie de représentants du Waqf, afin d’élaborer des mesures de sécurité au Mont du Temple qui seraient acceptées par tous les côtés. Ce comité adresserait non seulement le problème des détecteurs de métaux aux entrées, mais aussi l’implantation de l’accord de 2016 concernant la mise en place d’un circuit fermé de caméras de surveillance à certains endroits de l’enceinte du Mont du Temple, accord qui n’a jamais été adopté par le Waqf.


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