Terrorisme : Comment la France s’inspire-t-elle du savoir-faire israélien ?

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La vague d’attaques terroristes qui a ébranlé la France depuis 2012 a mené les dirigeants français à solliciter, de plus en plus, le savoir-faire israélien en matière de prévention, de soins d’urgence et de suivi post traumatique des victimes d’attentats.

 

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Il y a presque un an jour pour jour, à l’occasion des célébrations de la fête nationale, la France et plus particulièrement la ville de Nice, fut touchée par un attentat, faisant 86 morts et 458 blessés.
Première attaque au camion-bélier d’une telle ampleur en France, ce sombre 14 juillet 2016 a bel et bien confirmé que les formes de terrorisme islamiste ne cesseraient d’évoluer, nécessitant en retour une adaptation continue des forces de l’ordre et des professionnels de santé pour faire face à la menace terroriste. Depuis la vague d’attentats ayant touché la France en janvier 2015, le gouvernement français a continuellement renforcé son degré de coopération avec Israël afin d’être mieux préparé dans la prévention d’attentats ainsi que dans la gestion des situations de crises.
Sous l’égide de l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE), la plus grande organisation médico-sociale juive 80 cliniciens furent entraînés par Israel Trauma Coalition (ITC) à Paris, pour obtenir du savoir-faire israélien lié aux soins d’urgence. Après les attaques du 13 novembre à Paris, 15 d’entre eux furent envoyés sur le terrain afin d’apporter une assistance psycho-traumatique aux victimes qui affluaient dans les hôpitaux. Cette préparation par les professionnels de l’OSE a permis d’éviter une improvisation et de mettre en œuvre des méthodes d’intervention qui s’inscrivent dans un plan d’action bien précis, préparé sur le long terme, afin de mieux gérer les besoins post-traumatiques de ces victimes. Créé en 2001 pour prendre en charge les traumatismes psychologiques, l’Israël Trauma Coalition envoie ses délégations de professionnels dans plusieurs pays étrangers, dont la France. Déjà en 2012, après les attentats de Toulouse, l’ITC avait apporté son soutien dû à son expérience singulière en matière de gestion des traumatismes post-attentat. Cette aide s’est manifestée par des formations d’experts spécialisés dans ce domaine, afin d’élaborer les réponses régionales et nationales à mettre en œuvre en situation de crise.

En mars 2017, l’ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel se rendait en Israël accompagnée par Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS Attentats et chargée de créer en France un centre de résilience – déstiné aux soins post-attentats – sur le modèle israélien de ceux de l’ITC. Lors de sa visite, elle rencontra des médecins spécialisés dans les suivis post-traumatiques et insista sur la nécessité de créer plus de coopération entre l’Israël Trauma Coalition et les hôpitaux français.

Le savoir-faire israélien est aussi très sollicité pour faire face aux traumatismes, chez les enfants en particulier. Suite aux attentats de janvier 2015, l’Unité Psychotrauma et Résilience fut créée au sein du centre de santé de l’OSE. Elle est composée de psychologues et de psychiatres agissant à deux niveaux : en prévention et en situation de crise. Leur travail comprend la formation des enseignants dans les écoles pour qu’ils puissent faire face à des urgences, ainsi que la mobilisation d’une équipe dans les établissements scolaires proches des lieux d’attentats. Une technique israélienne psycholinguistique, appelée BASIC PH, est, depuis, largement utilisée auprès des enseignants et des élèves : elle permet de s’adapter aux moyens de communication des enfants

Grâce à cette coopération accrue dans le domaine des soins d’urgence et de suivi psychotraumatique, la France continue de s’inspirer de l’expertise de ses homologues israéliens. Le 24 avril dernier en présence de l’Ambassadeur d’Israël, Mme Aliza Bin-Noun, divers acteurs, français et israéliens, spécialisés dans la médecine d’urgence ainsi que des entreprises, des représentants des Ministères de la  santé, des hôpitaux et des centres d’appels d’urgence, se sont réunis lors d’un colloque intitulé « L’innovation en médecine d’urgence » afin d’échanger sur les moyens disponibles et les solutions à mettre en place pour faire face à cette vague d’attentats.

Lors de cette conférence, le Professeur François Braun, Président de SAMU France et chef des Urgences de Metz, a déclaré qu’à son retour d’Israël, « La qualité d’entraînement et le niveau de préparation des hôpitaux au quotidien comme en situation d’urgence » était ce qui l’avait le plus marqué. « Nous en sommes très loin en France » a-t-il ajouté. Arnon Afek, le Directeur médical adjoint du Ministère de la Santé en Israël explique que le sujet des secours d’urgences est au centre des discussions entre les acteurs israéliens et français, mais que « le système de soins local est dépassé par les nouveaux besoins auxquels il est brutalement confronté ». De par la situation d’urgence permanente dans laquelle le pays est plongé depuis son Indépendance, les Israéliens ont « été contraints d’acquérir ce savoir-faire par nécessité », d’après Afek. Matthieu Langlois, le Directeur médical du RAID, en charge des médecins d’interventions tactiques d’urgence, a affirmé que son équipe s’inspire « de ce que les Israéliens […] recommandent au vu de leurs nombreuses expériences : terrorisme, tuerie de masse, prises d’otage… ». Maintenant que la France est malheureusement confrontée aux mêmes défis, elle a tout intérêt à bénéficier des « connaissances médicales et technologiques » israéliennes et à continuer d’ouvrir « une voie de partenariat » avec Israël pour venir en aide aux victimes, a déclaré Ido Rosenblatt de Magen David Adom Israël.

La France a donc encore un long chemin à parcourir, non seulement dans les secours d’urgence, mais aussi dans la gestion générale des situations après une attaque terroriste. En Israël, la mise en place d’une « Situation Room » pourrait être un exemple à suivre pour la France et d’autres pays touchés par des attaques récurrentes. Cette cellule de crise rassemble à toute heure du jour et de la nuit des responsables de la police, des services de renseignement, des secours et de l’immigration, dans le but de prévenir un attentat et d’initier un plan d’action en cas de crise. Les méthodes israéliennes ne sont pas seulement prisées en France, dans une ère où une meilleure prise en charge des victimes de terrorisme concerne le monde entier. Lors de sa récente visite en Israël, le Premier Ministre indien, Narendra Modi, a invité le fondateur de United Hatzalah, autre organisation médicale israélienne bénévole de premier secours, dans le but de mettre en place un service similaire dans les villes indiennes les plus peuplées, en s’inspirant du génie innovateur israélien.


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