Déclaration Balfour : L’oubliée Déclaration Cambon

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L’oubliée Déclaration Cambon : Un soutien du gouvernement français aux aspirations sionistes avant la Déclaration Balfour

« Notre gouvernement ne peut qu’éprouver de la sympathie pour votre cause [de la colonisation israélite en Palestine], dont le triomphe est lié à celui des alliés ». Voilà les premiers mots prononcés par le gouvernement d’un pays européen qui encouragèrent la restauration de la patrie du peuple juif sur sa terre ancestrale. Ce soutien n’est pourtant pas issu de la Déclaration Balfour, comme on le croit fréquemment. Il provient d’une Déclaration bien moins connue, mais non moins importante, la Déclaration Cambon.

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Son auteur, Jules Cambon, était le Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères français. Rédigée en juin 1917 à l’adresse de Nahum Sokolow, éminent dirigeant du mouvement sioniste, elle constitue un témoignage exceptionnel de sympathie envers le projet d’abord esquissé par Léon Pinsker dans son ouvrage Auto-émancipation en 1882. Il ne s’agit ni plus, ni moins que du premier texte soutenant de manière officielle l’établissement d’un foyer national juif en Palestine.

A l’époque, la France cherche à obtenir des prêts importants de la part des grandes banques américaines afin de financer la guerre. Ribot, Ministre des Affaires étrangères pense que les réseaux de Sokolow lui permettront d’emprunter aisément. Il croit que c’est en adoptant une position favorable à son entreprise qu’il pourra « l’amadouer » et le pousser à activer ses prétendus contacts. Or, une bienveillance à l’égard du mouvement sioniste, si elle ne constituait pas un pilier juridique solide pour l’établissement d’un Etat juif, apparaissait comme une marque de sympathie pouvant susciter un rapprochement politique avec ses leaders.

Voilà donc le contexte dans lequel s’inscrit cette approbation des objectifs des successeurs de Theodor Herzl.

Jules Cambon poursuit même en affirmant : « ce serait faire oeuvre de justice et de réparation que d’aider, par la protection des Puissances alliées, à la renaissance de la nationalité juive, sur cette terre d’où le peuple d’Israël fut chassé il y a tant de siècles ».

Pour rappel, la Palestine était alors sous le contrôle de l’Empire Ottoman et comprenait non seulement la partie située à l’ouest du Jourdain (Israël et Judée-Samarie actuels) et les terres à l’est (Jordanie actuelle). La Déclaration Cambon engageait donc la France dans l’approbation d’un Etat juif sur l’ensemble de la Palestine. Préfigurant en cela la Déclaration Balfour, elle témoigne d’un véritable appui du gouvernement français de l’époque aux aspirations sionistes et à la légitimité du peuple Juif à revendiquer un retour sur sa terre historique.

 

 

Voici la lettre intégralement retranscrite :

Paris, le 4 juin 1917

Monsieur,

« Vous avez bien voulu m’exposer le projet auquel vous consacrez tous vos efforts et qui a pour objet de développer la colonisation israélite en Palestine. Vous estimez que si les circonstances le permettent et l’indépendance des Lieux Saints étant assurée d’autre part, ce serait faire oeuvre de justice et de réparation que d’aider, par la protection des Puissances alliées, à la renaissance de la nationalité juive, sur cette terre d’où le peuple d’Israël fut chassé il y a tant de siècles.

Le gouvernement français, qui est entré dans cette guerre pour défendre un peuple injustement attaqué, et qui continue la lutte pour assurer la victoire du droit sur la force, ne peut qu’éprouver de la sympathie pour votre cause, dont le triomphe est lié à celui des alliés.

Je suis heureux de vous donner sous ce pli une telle assurance. »

A destination de Monsieur Sokolov

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