Le Hezbollah, quel prix pour la France ?…

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Un dossier en 4 parties reconstitue l’évolution du groupe terroriste en organisation djihadiste

DEUXIEME PARTIE

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La vague d’attentats sur le sol français

La procédure criminelle instruite par le juge anti-terroriste Gilles Boulouque a conduit à la condamnation par la Cour d’assises de Paris de 9 individus, dont 5 par contumace à la réclusion criminelle dite à perpétuité pour 14 attentats et tentatives d’attentats perpétrés en France.

Le bilan humain de ces attentats est de 14 morts et 303 blessés :

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hezbollah (cf. Didier Bigo, « Les attentats de 1986 en France : un cas de violence transnationale et ses implications ») 

Islamiste sunnite converti au chiisme, Fouad Ali Saleh est formé à l’Université théologique de Qom, la ville sainte iranienne, sous la férule de Rouhollah Khomeini de février 1981 à juin 1982.

Recruté par le Hezbollah libanais, « Ali le Tunisien » apprend à manipuler les explosifs et constitue un réseau qui lui permet d’importer illégalement en France du nitrate de méthyle, alors utilisé comme munition dans le domaine militaire, et dont le composé pré-conditionné signera la marque de fabrique commune aux attentats perpétrés sur le sol français.

Fouad Ali Saleh choisit lui-même les cibles des attentats, reçoit en personne les poseurs de bombe envoyés depuis le Liban par le Hezbollah.

Il recrute également des individus peu soupçonnables directement sur le sol français qui fréquentent comme lui la mosquée Omar, sise Rue Jean-Pierre Timbaud (11e arrondissement de Paris).

Dénoncé par un complice en échange d’une somme d’argent conséquente, Fouad Ali Saleh est piégé et arrêté en compagnie de son chauffeur rue de la Voûte à Paris le 21 mars 1987 par la DST : dans son coffre sont découverts douze litres de nitrate de méthyle.

Une importante saisie d’explosifs de ce type réalisée fin 1986 en forêt de Fontainebleau au cours d’un flagrant délit de trafic destiné au réseau de Saleh a permis de couper court à une troisième campagne d’attentats après le plus meurtrier d’entre eux, rue de Rennes.

Le réseau de Saleh, proche de l’Iran, voulait entre autres « punir la France de son soutien à Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran » (1984-1988) ; il déclarait peu après : « La forteresse de l’islam est l’Iran. Votre pays, en aidant l’Irak, combat l’Iran, c’est donc un ennemi. Notre principal objectif est de ramener la France à la raison par des actions violentes. »

L’enquête aboutit également sur l’implication d’un diplomate iranien, Wahid Gordji, dont la tentative d’arrestation sera à l’origine d’une guerre des ambassades entre la France et l’Iran.

La Cour d’assises spéciale de Paris condamne le 14 avril 1992 Fouad Ali Saleh à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 18 ans. Hassan Aroua, le chauffeur tunisien de 38 ans, Abdelhamid Badaoui, 33 ans, et Omar Agnaou, 30 ans, les deux “étudiants” marocains qui ont stockés les explosifs, ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, mais sans période de sûreté.

 

Les cinq principaux protagonistes de ces attentats, en fuite, sont condamnés par contumace le 8 octobre 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité : il s’agit du « cerveau », Abdelhadi Hamade, de ses deux lieutenants, Ibrahim Akil et Hassan Goshn, et des deux « artificiers », Hussein Mazbouh et Haidar Habib.

Fouad Ali Saleh est toujours incarcéré à l’isolement total. La Cour d’appel de Paris s’était opposée le 28 juin 2007 à sa libération conditionnelle et à son expulsion vers la Tunisie.

Le juge d’application des peines avait notamment refusé la demande de libération aux motifs qu’il n’exprimait pas de regrets et n’avait pas indemnisé les victimes.

L’un de ses avocats était Isabelle Coutant-Peyre, épouse du terroriste « Carlos. »

 

Anis Naccache, né en 1948, est un ancien militant libanais condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1982 pour avoir tenté d’assassiner l’ancien premier ministre du Chah d’Iran, Shapour Bakhtiar.

Libanais sunnite converti au chiisme, architecte-décorateur de profession, il décide de s’engager auprès de la cause palestinienne au début des années 1970.

Envoyé par l’OLP pour superviser l’opération de la prise d’otage de l’OPEP à Vienne en Autriche en 1975, opération organisée par Waddi Haddad, il est chargé d’en organiser la logistique.

Lorsqu’en Iran Khomeiny arrive au pouvoir, le militant se rapproche de ce régime, le considérant comme le nouveau meilleur porte-parole de la lutte palestinienne contre Israël. Il y reçoit l’ordre personnel de l’ayatollah Khomeiny d’assassiner en France Shapour Bakhtiar, ancien ministre du Shah.

Mais le 18 juillet 1980, à Neuilly-sur-Seine, cette tentative d’assassinat a coûté la vie à Jean-Michel Jame, fonctionnaire de police, ainsi qu’à une civile de l’immeuble, consécutivement à une erreur de repérage des terroristes.

Un second policier Bernard Vigna (alors âgé de 22 ans) a reçu une rafale de mitraillette dans le dos, il est resté paralysé à vie passant le reste de ses jours dans un fauteuil roulant. Il décéda en août 2008.

Anis Naccache est arrêté et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 10 mai 1982.

En février 1989, à la veille d’une visite à Téhéran du ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, il demandait à Téhéran de « rappeler à la France ses engagements », reliant publiquement sa libération à l’affaire des otages français au Liban !

À la suite d’une grève de la faim orchestrée par Me Jacques Vergès, son avocat, il réussit à faire partie de la négociation globale de la France avec l’Iran après que Paris eut soutenu Saddam Hussein, président d’Irak, lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Il est ainsi libéré le 27 juillet 1990, gracié par le président François Mitterrand.

Depuis sa libération, Anis Naccache est Conseiller en stratégie, vivant entre la capitale iranienne, Téhéran, et Beyrouth.

 

Georges Ibrahim Abdallah, né le 2 avril 1951, est un militant communiste libanais  et Chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL) : il a été condamné en France à la réclusion à la perpétuité pour des actes terroristes.

Son engagement politique débute dans les rangs du Parti social nationaliste syrien (PNSS) pour rejoindre ensuite, dès 1971, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP). Selon le Mossad, il est un proche de Georges Habache, le leader du FPLP. Il participe à la création de la Fraction armée révolutionnaire libanaise, organisation se revendiquant « communiste » et « anti-impérialiste », dont il dirige les opérations en France sous les pseudonymes Salih al-Masri et Abdu-Qadir, la base de ce groupe étant à Lyon.

Un ancien membre des FARL confiera à Aljazeera.net en 2009 : « Nous avons décidé de mener des actions à l’étranger, notamment en Europe, plutôt qu’au Liban, conformément au slogan : frapper l’ennemi partout où il se trouve ».

En 1982, les FARL revendiquent l’assassinat de Charles R. Ray, attaché militaire américain à Paris (le 18 janvier 1982), et de Yacov Barsimentov, diplomate israélien (le 3 avril 1982), et blessent gravement Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg.

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il sera condamné le 10 juillet 1986.

Le 23 avril 1985, les FARL enlèvent Gilles Sidney Peyrolles, attaché culturel de la France à Tripoli et fils de l’écrivain Gilles Perrault, et réclament la libération de Georges Abdallah.

Yves Bonnet, alors patron de la DST, négocie avec les services secrets algériens (directement avec le colonel Lakehal Ayat, directeur central de la Sécurité militaire, et le commandant Smaïn Lamari, directeur de la sécurité intérieure algérienne) en vue de l’échange qui est sur le point d’aboutir.

Mais la découverte dans une des planques des FARL d’une arme ayant servi à abattre Charles Ray et Yacov Barsimentov a raison de cet arrangement.

Georges Ibrahim Abdallah est condamné dans un premier temps à 4 ans de prison, pour détention d’armes et de faux papiers. Puis, il est à nouveau jugé par la Cour d’assises spéciale pour complicité d’assassinat le 28 février 1987. La justice le condamnera finalement à la perpétuité.

Georges Abdallah continue son engagement politique en détention.

C’est ainsi qu’il a adhéré à la plate-forme du 19 juin 1999 qui a réuni une centaine de prisonniers se revendiquant « révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes » parmi lesquels Jean-Marc Rouillan ou encore Pierre Carette.

Tous les ans, Georges Abdallah dépose une demande de libération que le Tribunal d’application compétent en matière de terrorisme et la Chambre d’application des peines de Paris qui examinent l’affaire en appel conditionnent  d’un arrêté d’expulsion du territoire français.

Le 5 novembre 2014, le Tribunal d’application des peines rejette une nouvelle demande de libération, décision confirmée en appel le 26 février 2015, sous les motifs que Ibrahim Abdallah ne faisait pas l’objet d’un arrêté d’expulsion, ne regrettait pas les actes pour lesquels il avait été condamné, n’avait pas indemnisé les ayants-droit des victimes.

 

Concernant Varadjian Garbidjan se revendiquant de l’Armée Secrète Arménienne de Libération dont l’objectif premier est la reconnaissance du génocide arménien, il faut noter que l’Asala fait silence sur la Shoah et fera même preuve d’un antisionisme revendiqué et motivé par les liens établis entre Israël et la Turquie. L’un des grands défis que l’Asala doit régler est l’absence de toute base territoriale sur les terres historiques arméniennes, et même en diaspora avec la fuite de la diaspora arménienne de Beyrouth et du Liban durant la guerre civile. Pour y remédier, l’Asala va collaborer avec les Kurdes dans leur effort de lutte de libération nationale, et tout particulièrement avec le PKK : les Kurdes disposent de l’assise territoriale dans le sud-est anatolien et les Arméniens disposent du savoir-faire révolutionnaire acquis au Liban. Il est en effet établi que les militants de l’Asala se sont entrainés avec les groupes palestiniens qui avaient aussi établi leur base arrière au pays du Cèdre : au début avec l’OLP puis, après que Yasser Arafat eut entamé des négociations avec Ankara, l’Asala se rapproche du FPLP et du FDPLP. L’idéologie de ces groupes va déteindre sur l’Asala, mais il serait présomptueux d’imaginer qu’ils ont pu instrumentaliser les terroristes arméniens comme ce qui était parfois affirmé à l’époque devant la similitude des méthodes. Il s’agit d’alliés objectifs poursuivant chacun leur but propre mais en mettant leurs connaissances « théoriques » de la lutte armée en commun : le 7 août 1982, une bombe tue 9 personnes à l’aéroport d’Ankara. Le 15 juillet 1983, une autre bombe à l’aéroport d’Orly tue 8 personnes au comptoir de la compagnie Turkish Airlines. Le chef du commando d’Orly, Varoujan Garbidjian est arrêté 48 heures après et condamné à la prison à vie le 3 mars 1985, à l’issue d’un procès débuté le 19 février 1985 ; après 17 ans derrière les barreaux, il est expulsé vers l’Arménie en 2001.

 

Retrouvez la première partie ici 

troisième partie “Le Hezbollah reconnu organisation terroriste…”

quatrième partie “Le rôle et le soutien de l’Iran au Hezbollah…”


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