Nos ancêtres étaient carnivores

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Le Prof. Ran Barkai, chef du Département d’archéologie de l’Université de Tel-Aviv et sa doctorante Natasha Solodenko, ont trouvé des restes de graisse animale sur des outils en silex vieux de 500 000 ans, sur le site paléolithique de Revadim, au centre d’Israël. Ces résidus, les plus anciens restants de graisse animale jamais retrouvés dans le monde,  constituent la première preuve directe que ces outils, caractéristiques des anciennes périodes de la préhistoire, servaient essentiellement à découper la viande des animaux.

La découverte, qui vient appuyer la thèse de la part prépondérante de la viande dans le menu des premiers hommes, a été publiée dans la revue Plos One. Ont également collaboré avec les archéologues  israéliens des chercheurs de l’Université de Rome : le Prof. Cristina Morini, le Prof. Stella Sezero et la doctorante Andrea Zupanchich.

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Situé à une dizaine de kilomètres à l’est d’Ashdod, le site de Revadim a été découvert en 1996, pendant les travaux d’élargissement de la carrière du même nom. Selon les chercheurs, le site, qui remonte à la période du paléolithique inférieur, a été peuplé par des Homo erectus, une ancienne espèce de l’homme d’origine africaine, ancêtre des humains modernes et des hommes du Neandertal, qui a vécu dans la région.

« Ces outils servaient à l’usage quotidien de l’Homo erectus » explique le Prof. Barkai. « L’essentiel de l’alimentation de cet ancêtre de l’homme moderne était basée sur la viande et la graisse. Même s’il mangeait également des végétaux, il lui aurait été difficile de trouver la quantité d’énergie dont il avait besoin sans consommer d’aliments d’origine animale. C’est une affirmation qu’il est difficile de récuser, et qui est basée sur des témoignages archéologiques, et des analyses de vestiges d’ossements et de dentition ».

Selon le Prof. Barkai, le site de Revadim figure une étape très importante dans l’histoire de l’humanité, celle de la culture acheuléenne. «Il s’agit d’une culture qui a duré environ deux millions d’années, dans tous les continents du monde antique, et a disparu du monde depuis 200 000 ans seulement. Ce sont nos ancêtres directs, à nous,  humains modernes. Pendant cette période se sont formés une grande partie de nos comportements et nos caractéristiques, telles que l’augmentation du volume du cerveau, l’utilisation d’outils et la consommation de viande ».

La culture acheuléenne a produit des outils en silex particuliers appelés bifaces, qui ont été reproduits régulièrement pendant environ deux millions d’années, partout dans le monde. La fonction de ces outils a fait l’objet d’un débat prolongé entre les chercheurs. Ils sont en effet impressionnants, symétriques et très esthétiques pour des outils de travail ; certains d’entre eux auraient même été élaborés selon les proportions du “nombre d’or”, proportion dite universelle que l’on retrouve dans la nature.

«Ces outils sont très énigmatiques», dit le Prof. Barkai. « Il est évident que leur création faisaient l’objet d’efforts inhabituels, et la question est pourquoi. Les chercheurs sont extrêmement divisés sur l’utilisation de ces outils. Certains, par exemple, pensent qu’ils servaient d’indicateur de sélection sexuelle: l’Homo erectus aurait investi son attention dans la préparation de ces outils pour prouver aux femmes qu’il avait de bons gènes. Nous ne rejetons aucune de ces propositions, mais nous avons à présent en main une preuve concluante du fait qu’ils étaient essentiellement utilisés pour couper et tailler les animaux ».

Le Prof. Barkai et son équipe ont trouvé sur le site la côte d’un éléphant, avec des traces d’entailles causés par des outils en silex, et à côté deux bifaces et un grattoir portant des marques d’utilisation – ce qui est rare sur des outils âgés de 500 000 ans. Une série d’examens microscopiques a confirmé que l’extrémité des outils a bien été rayée par suite d’un travail, et la spectroscopie à infra-rouge a trouvé sur les outils de véritables résidus organiques.

Selon les chercheurs, cette graisse est la plus ancienne du monde, et sa présence sur les outils constitue la première attestation directe de l’utilisation de ces outils pour la taille des animaux  : «Dans le passé ont avait trouvé des résidus organiques, mais pas de résidus graisseux. Cette graisse  constitue une preuve claire que ces outils ont été utilisés principalement pour découper les animaux – ce qui renforce notre affirmation selon laquelle ces instruments étaient essentiels pour la vie de l’Homo erectus et affaiblit l’argument contraire selon lequel il se serait agi d’une culture stagnante aurait continuellement reproduit les mêmes outils de manière automatique. Si l’Homo erectus a fabriqué  ces outils pendant si longtemps, c’est simplement parce qu’ils leurs étaient utiles – et ici nous montrons pourquoi».


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