Amos Oz : aucun moyen d’éviter les pertes civiles à Gaza

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Amos Oz

Interview d’Amos Oz par le Deutsche Welle. Amos Oz, né Amos Klausner, est une romancier, journaliste et professeur de littérature israélien renommé. Ses œuvres ont été traduites dans 42 langues, y compris en Arabe. Oz, qui est né à Jérusalem, est un partisan de la solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

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Amos Oz : Je souhaiterais commencer l’interview de manière un peu inhabituelle : en présentant une ou deux questions à vos lecteurs et à vos auditeurs. Est-ce que je peux?

Deutsche Welle : Allez-y !

Question 1 : Que feriez-vous si votre voisin d’en face s’asseyait sur son balcon, posait son petit garçon sur ses genoux, et commençait à tirer chez vous avec une mitrailleuse?

Question 2 : Que feriez-vous si votre voisin d’en face creusait un tunnel de sa maison jusqu’à la vôtre afin de la faire exploser ou de kidnapper votre famille ?

Après ces deux questions je vous redonne l’antenne.

Nous sommes maintenant bien entendu au cœur de cette interview… J’en déduis donc que vous soutenez l’offensive israélienne dans la bande de Gaza ?

Non, je ne soutiens que les réponses militaires limitées et pas les sans limites.

Où placez-vous la limite ?

Détruire les tunnels, d’où qu’ils viennent, et essayer de frapper strictement le Hamas et pas d’autres cibles.

Il semble qu’il y ait justement un problème par rapport à cela. Les tunnels constituent un système élaboré et difficile à tracer. Les entrées sont cachées dans des infrastructures publiques et privées-il faudrait faire du porte-à-porte pour réaliser de telles recherches – ce qui implique nécessairement des pertes civiles. Et il en est de même pour la destruction des sites de lancement de roquettes situés dans les zones civiles…

Alors, j’ai bien peur qu’il n’existe aucun autre moyen d’éviter les pertes civiles au sein de la population palestinienne, tant que le voisin posera son enfant sur ses genoux tout en tirant sur votre maison.

Pensez-vous que l’analogie de l’enfant sur les genoux soit vraiment appropriée ? Gaza est densément peuplée et les positions du Hamas se situent inévitablement en zones civiles.

Oui – et c’est d’ailleurs la stratégie du Hamas. C’est pourquoi pour Israël c’est une situation perdant-perdant. Le plus il y aura de victimes israéliennes, le mieux ce sera pour le Hamas. Le plus il y aura de victimes palestiniennes, le mieux ce sera pour le Hamas.

Considérez-vous la présente offensive terrestre comme limitée ou sans limites?

Je pense qu’elle est en certains points excessive. Je n’ai pas d’information détaillée sur ce qu’il se passe vraiment sur le terrain, mais à en juger par certaines frappes de Tsahal à Gaza, je pense qu’au moins dans certains cas l’opération militaire est excessive – justifiée, mais excessive.

À quoi pourrait ressembler un accord sur le court-terme ?

Les hostilités ne cesseront seulement, malheureusement, que lorsque l’une des Parties ou les deux seront à bout. Ce matin j’ai lu avec précaution la charte du Hamas. Elle dit que le Prophète recommande à tout Musulman de tuer tout Juif en ce monde. Elle cite les Protocoles des Sages de Sion [une diatribe antisémite – ndlr] qui dit que les Juifs contrôlent le monde par le biais de la Société des Nations et des Nations-Unies, que les Juifs ont causé les deux guerres mondiales et que le monde entier est contrôlé par l’argent des Juifs. Donc je vois difficilement un espoir de compromis se concrétiser entre Israël et le Hamas. J’ai été un homme de compromis toute ma vie. Mais même un homme de compromis ne peut pas approcher le Hamas et dire « Coupons la poire en deux et disons qu’Israël n’existera que le lundi, le mercredi et le vendredi. »

Le Hamas demande à présent que le blocus de la bande de Gaza soit levé…

.. Je pense que de nombreuses ressources internationales, arabes et israéliennes devraient entrer à Gaza en échange d’une véritable démilitarisation. C’est une proposition qu’Israël est prêt à faire immédiatement.

Cela ne signifierait-il pas que les attaques de roquettes sont un moyen efficace pour faire pression sur Israël ?

Si le résultat est une vraie démilitarisation de la bande de Gaza, je suis sûr qu’au moins 80 pour cent des Juifs israéliens accepteraient un tel accord – même dans le climat ambiant électrique.

Vous situez-vous parmi les 85 pour cent d’Israéliens qui veulent que l’offensive continue jusqu’à ce que les objectifs stratégiques de détruire les tunnels et les roquettes soient atteints ?

La seule alternative à l’opération militaire, ce serait de suivre la voie de Jésus Christ et de tendre l’autre joue. Je n’ai jamais été d’accord avec Jésus sur ce besoin de tendre l’autre joue à l’ennemi. A contrario des pacifistes européens, je n’ai jamais pensé que le pire des maux de ce monde soit la guerre. De mon point de vue, le pire des maux dans ce monde c’est l’agression, et la seule façon de lutter contre l’agression est malheureusement la force. C’est là que se situe la différence entre un pacifiste européen et un pacifiste israélien comme moi-même. Et si je pouvais ajouter une petite anecdote : Un membre de ma famille qui a survécu à l’Holocauste à Theresienstadt rappelait toujours à ces enfants et ses petits enfants que sa vie n’avait pas été sauvée en 1945 par des manifestants pacifistes avec des affiches fleuries mais par les soldats soviétiques et leurs fusils sous-marins.

Quels sont les effets sur la population d’hostilités comme celles-ci?

Des effets terriblement nocifs. Cela augmente la haine, la rancœur, la suspicion, la méfiance. Mais c’est le cas de toute guerre. C’est une hypothèse sentimentaliste bien connue de nourrir l’espoir que, d’une manière ou d’une autre, les ennemis vont commencer à se comprendre et à s’aimer et que finalement ils vont se réconcilier et faire la paix. Tout au long de l’histoire, les choses ont fonctionné à l’inverse. Les ennemis, le cœur plein de rancœur et de haine, signent un traité de paix, les dents serrées et animés par la vengeance. Après, avec le temps, il est possible qu’il y ait une désescalade graduelle de l’émotivité liée au conflit.

Jusqu’à quel point les Israéliens peuvent-ils se sentir aujourd’hui en sécurité?

Jusqu’à quel point les Juifs peuvent-ils se sentir en sécurité sur cette planète ? Je ne parle pas seulement des 20 ou 50 dernières années, mais des 2000 dernières années. Mais je vais vous dire quel est mon espoir et ma prière pour Israël. Je souhaiterais voir Israël retiré de toutes les Unes des journaux dans le monde et à la place conquérir, occuper et construire des colonies dans les pages culturelles, artistiques, littéraires, musicales et architecturales. Voilà mon rêve pour le futur.

Source : Deutsche Welle


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