UNRWA : l’ONU joue-t-il le jeu du Hamas ?

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Atterrés. Nous le serions si l’UNRWA n’était pas une agence de l’ONU, et si le Hamas n’était pas une organisation terroriste. Mais à l’annonce de la découverte de roquettes dans une école de l’UNRWA à Gaza, la seconde en deux semaines (la première), il est capital de revenir sur le rôle de l’agence onusienne et sur son importance dans le conflit actuel.

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Hier, l’ONU, par le biais de son agence UNRWA, s’offusque de trouver à nouveau des missiles du Hamas dans ses locaux. Et rappelle bien vite le Hamas pour leur redonner les vilains joujoux. Non mais. Pas de ça à l’ONU.

Effectivement, c’est Christopher Gunness, porte-parole de l’UNRWA, qui a rappelé que « conformément à la pratique de longue date des Nations Unies dans ses opérations humanitaires à travers le monde, les incidents impliquant des munitions non explosées sont transmis aux autorités locales». Au Hamas donc.

Par ailleurs, dans une déclaration officielle postée sur son site à la date du 22 juillet, l’UNRWA « condamne de manière non équivoque le groupe ou les groupes responsables ». Elle va lancer « une enquête complète concernant les circonstances de l’incident ». Concrètement, l’agence fait un copier-coller de la déclaration qu’elle a faite, le 17 juillet dernier, lorsqu’elle avait trouvé une vingtaine de roquettes dans une de ses écoles.

Et les Etats-Unis, en la personne du Secrétaire d’Etat John Kerry, décident de ne pas revenir sur leur décision d’allouer 15 millions de dollars à l’agence. Après tout, l’UNRWA travaille dans un environnement « difficile », rappelle la porte-parole du Secrétariat d’Etat Américain, Marie Harf.

Il est vrai.

 

Un statut discriminatoire

Un petit point d’histoire à présent, pour bien comprendre.

L’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, a été créé le 8 décembre 1949 par sa résolution 302. Sa mission principale est, selon leur site officiel, « d’apporter une aide et une protection aux 5 millions réfugiés palestiniens enregistrés comme tels ».

Étrangement, les réfugiés palestiniens ne sont pas des réfugiés comme les autres. Ils ne sont pas traités comme tous les autres réfugiés du monde, du Darfour au Bangladesh. Pourtant, il existe déjà un programme pour les réfugiés, l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR). Mais il aurait été trop facile de s’arrêter là. L’ONU ne peut pas se contenter d’une agence comme les autres. Non, il s’agit d’innover.

Donc, l’UNRWA a adopté un statut tout particulier pour les réfugiés palestiniens. Il est héréditaire et se transmet de génération en génération. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

 

Le double-jeu de la diplomatie internationale

« En attendant ». Tel est le mot d’ordre de la diplomatie internationale, dont le double-langage rime souvent avec laxisme, inertie, et voilage de face. En attendant la création d’un Etat palestinien, en attendant la paix, en attendant que la diplomatie, les politiques et le temps, surtout, fassent leur travail, la population palestinienne restera réfugiée.

Elle restera dans cet entre-deux perpétuel, entre parenthèses, ne lui laissant aucun espoir de stabilité, de repos, d’avenir. Car un réfugié palestinien ne peut pas, au Liban, acquérir ou transmettre des biens immobiliers. Ni devenir médecin. Ni avocat. Ni avoir la nationalité libanaise. Voilà ce que cela signifie.

De 650 000 en 1949, ils sont devenus 5 millions aujourd’hui. Voilà également ce que cela signifie.

Cette politique de l’entre deux perpétue le problème sans le résoudre. L’International Crisis Group (ICG) au Liban a depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme : « La population des réfugiés constitue une vraie bombe à retardement ».

Démunis de tout droit universel pour un hypothétique droit au retour, ils sont otages par deux fois. Otages du Hamas et d’un statut discriminatoire, « il est grand temps de [les] aider à échapper au statut de réfugié pour qu’ils puissent devenir des citoyens, assumer leurs responsabilités individuelles et l’édification de leur avenir », comme le soulignent Charles Meyer et Philippe Juza, dans leur livre Réfugiés palestiniens : Otages de la diplomatie.

Mais alors quoi ? L’ONU ne laisserait aucune chance à un peuple de se prémunir de ses droits les plus fondamentaux, les plus universels ? L’ONU autoriserait cela ?

 

Un système auto-entretenu

Seulement voilà, l’UNRWA emploie 30 000 fonctionnaires internationaux et gère un budget de 1.96 milliards de dollars. Il faut bien payer ces braves fonctionnaires, il faut bien allouer ces dollars.

Selon Charles Meyer et Philippe Juza, « l’UNRWA est au cœur de toute problématique et de toute négociation concernant les réfugiés palestiniens. Cet organisme a la caractéristique –attristante- de se dispenser de se projeter dans l’avenir et par conséquent de réfléchir à l’opportunité de son maintien ou de sa disparition. Elle œuvre pour sa survie par la collecte de fonds. L’UNRWA assure dans cette perspective la symbolique institutionnel de la persistance du problème des réfugiés palestiniens. Progressivement et surtout à la suite des accords d’Oslo, l’UNRWA est devenue de facto un soutien logistique et en quelque sorte un cogérant de fait du programme pour la mise en œuvre pour la paix ».

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette situation bénéficie à tout un chacun. Aux dirigeants du Hamas, qui instrumentalisent leur peuple à l’envi pour servir leurs dessins morbides. Aux pays arabes, qui se défilent et n’intègrent pas leurs « frères palestiniens » au sein de leurs sociétés. À l’UNRWA, qui s’auto-entretient dans la région tout en accueillant à l’occasion des armes dans ses écoles. À l’ONU enfin, qui peut continuer à se voiler la face tranquillement.

Le peuple palestinien risque fort d’être maintenu entre parenthèses encore longtemps. Mais là n’est pas le plus inquiétant.

Que l’UNRWA laisse une fois, des roquettes du Hamas s’amonceler dans ses locaux, passe encore. Qu’elle les laisse par deux fois, cela devient gênant. Mais qu’elle appelle le Hamas à venir les reprendre, c’est un peu fort.

“Le Canada demande sans équivoque aux Nations unies de lancer immédiatement une enquête indépendante pour vérifier ces allégations”, a asséné le chef de la diplomatie canadienne John Baird.

 

Il s’agirait de faire quelque chose, effectivement.


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