Exclusif : “Dancing in Jaffa” l’interview de Pierre Dulaine

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Après avoir vécu à l’étranger de nombreuses années, Pierre Dulaine, danseur professionnel maintes fois récompensé, retourne à Jaffa, en Israël, où il est né en 1944. Nostalgique des rues de son enfance, mais conscient de la tension qui règne entre les différentes communautés vivant à Jaffa, Pierre veut réaliser le rêve de toute une vie : faire danser ensemble les enfants palestiniens et israéliens, mettant ainsi à l’épreuve les croyances des familles et des enfants.

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Pierre Dulaine  a accordé une interview à Coolisrael.fr et a partagé son expérience unique à Jaffa.

CooIsraël : Bonjour Pierre Dulaine !

Pierre Dulaine : Bonjour CoolIsraël !

 CI : D’abord, je dois vous dire que nous avons vu Dancing in Jaffa et l’avons beaucoup apprécié. C’est vraiment une expérience forte, de Vivre Ensemble, au sens premier du terme. Du Danser Ensemble pour vivre ensemble.

CI : Première question sur votre parcours : Dans ce film, vous semblez être à la fois un étranger par rapport aux enfants et à la fois terriblement proche d’eux et de cet endroit, Jaffa, en banlieue de Tel Aviv. Qui êtes-vous Monsieur Pierre Dulaine ?

PD:  Ah oui !! Très bonne question ! Je pense, maintenant, parce que j’ai vieilli, que je peux dire que je suis un New-Yorkais. Cela pourrait sembler être un cliché mais c’est à New-York que j’ai le mieux été accepté dans ma vie. Parce que, quand, enfant, avec ma famille, nous sommes arrivés en Angleterre, j’étais un étranger. Je parlais anglais avec un accent. En Jordanie, avant même, j’étais aussi un étranger. Mais à NYC, parce que c’est une ville mélangée, qu’il y a du monde de partout, j’ai été accepté. Je pense que c’est l’endroit où je suis le plus heureux. J’ai la nationalité américaine. Mais j’aime aussi être un étranger partout, cela m’offre un certain décalage.

 Et votre nom, Dulaine ? C’est un nom français ?

Mon nom Pierre Dulaine est un nom de scène. Mon vrai nom est Peter Heney, qui est un nom irlandais, celui de mon père. Quand j’avais 20 ans, je suis allé vivre à Londres. Avec un ami, on a cherché un nom pour moi. Un nom que les anglophones puissent lire, reconnaître, et dire. Dulaine fonctionnait dans tous les sens.

 Pour vous, quel est le message de ce film ?

Le message de ce film, c’est la tolérance. Pour moi, c’est la chose la plus importante. Je me vois vivre en Israël. Je voudrais que les jeunes, que tous, voient la difficulté à se respecter entre nous, qui que l’on soit. Mon message également, même si le documentaire se déroule en Israël, avec des Arabes et des Juifs, et la situation politique que le mode entier connaît, c’est que le même type de problème existe partout aussi. Aux USA, en Europe, entre les communautés qui vivent ensemble mais ne communiquent pas ensemble.

Pour les enfants principalement, je dirais : Soyez positifs. Pour moi, la musique et la danse aident mais, ce qui est unique dans la danse de salon, c’est que l’on se touche. Vous avez là un homme et une femme qui se tiennent ; et quand tu touches quelqu’un, tu découvres cette personne d’une autre manière. Et tu as du respect pour cette personne.

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 Comment est née l’idée de ce projet ?

Ce projet, je l’ai commencé à New-York, il y a 20 ans. C’était un de mes rêves. J’ai donné ce cadeau aux enfants de New-York. Je voulais faire quelque chose de similaire avec les palestiniens et les juifs. Je voulais aider les deux parties, les Arabes mais aussi les Juifs. C’est une chance que je leur donne de devenir de meilleur citoyen, avec plus de confiance en eux.

 Quelle a été la plus grande difficulté que vous avez rencontrée avec ce film ?

La plus grande difficulté, je l’ai rencontrée avec les Musulmans pratiquants. Comme les Juifs orthodoxes ils ne se mélangent pas entre garçons et filles. Comme je parle arabe avec un accent palestinien, c’était plus facile avec les parents arabes israéliens. Et le deuxième problème, c’était de faire danser les enfants arabes et els enfants juifs ensemble. C’était difficile mais ils avaient confiance en moi, au fur et à mesure.

 Comment marche le projet ? Quel est le processus ?

Le programme, normalement aux Etats-Unis dure 10 semaines, à raison de 2 séances par semaine. La 20ème leçon, est une grande soirée pour tous les enfants et parents.

En Israël, c’était pareil mais on a ajouté une troisième séance par semaine, à l’Arab Jewish Community Center à Jaffa pour faire danser des classes de différents établissements ensemble.

Olala ! Comme c’était difficile pour moi la première semaine, seul, pour faire danser tout le monde ensemble.

 Que devient le projet en Israël ?

Le projet continue en Israël. Maintenant, mon amie israélienne, Miri Shahaf Levy, m’a rendu visite à New-York, il y a 5 ans et a trouvé les 5 écoles du projet. Et maintenant, elle est la directrice du programme sur 5 villes en Israël… et continue ce projet, toujours avec les mêmes défis.

Dans quel autre contexte de conflit entre communautés avez vous travaillé ?

J’ai travaillé aussi l’an dernier, en Irlande du Nord, à Belfast. Mon père vient de là. J’ai travaillé avec deux écoles catholiques et deux protestantes et on les a mélangés. On a travaillé aussi avec des enfants autistes.

[youtube http://youtu.be/pd3AaxLr8Ck]

 Vous êtes retourné en Israël ?

J’y suis retourné bien sûr ! Pour le festival DocAviv. Et j’ai revu les élèves !

La première projection du documentaire a eu lieu sur une plage avec plus de 1000 personnes. Mais le lendemain, il a été projeté dans un cinéma très sympa et le public était 75% juif, 25% arabe. Standing ovation. J’ai pleuré. J’ai été touché par la réaction du public.

 Vos parents sont encore vivants ?

Non. Mais ma mère a su que je commençais ce projet, Hila (la réalisatrice) l’a filmée. Mon père est mort j’avais 15 ans. Ma mère était très heureuse que je fasse ce projet car elle est palestinienne. Une manière de mettre cette histoire derrière nous, de belle manière d’avancer.

 Merci beaucoup Pierre Dulaine !

Toda !!!!

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