Un commando humanitaire israélien opère en Syrie

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Nous rencontrons aujourd’hui l’Israélienne qui dirige l’équipe clandestine qui aide en Syrie les réfugiés syriens. Anat (ce n’est pas son vrai nom) a gagné sa place dans la section VIP du Paradis. Elle a sauvé un nombre incroyable de gens, pénétré dans nombre de pays du Moyen-Orient et pris des risques impossibles. Le mot ‘peur’ semble ne pas exister dans son vocabulaire, mais vous lui dites que vous êtes un journaliste et elle fuit. Comparé à Anat, même Mère Teresa semble faire partie des “people” qui ne cherchent qu’à faire parler d’eux.   

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Depuis 10 ans, cette femme dans la quarantaine, semble avoir vécu dans tous les lieux que la plupart d’entre nous ne connaissons que par le journal de 20 heures. Quand un tsunami gigantesque a touché l’Asie du sud-est en 2005, Anat et son équipe de volontaires ont installé une tente au Sri Lanka et préparé 42000 repas en 14 jours. Cette même année, en Géorgie, le  gouvernement avait décrété qu’il était trop dangereux d’apporter de l’aide à des villages près de la frontière tchétchène isolés, à cause des inondations causées par des pluies torrentielles. Anat trouva le moyen d’apporter 10 tonnes de nourriture aux populations  sinistrées. Nommez une zone de désastre ou de conflit, Anat y a apporté de l’aide : Rwanda, Darfour, Pakistan, Iraq, Indonésie, Birmanie, Haïti, Cachemire, même  la Nouvelle-Orléans.

Aujourd’hui, tout le temps d’Anat est consacré à une seule crise, celle de Syrie. « Il est difficile de mettre en mots combien terribles y sont les conditions, cela brise le cœur », dit Anat. Alors que la guerre civile entre dans sa troisième année, la plupart des groupes internationaux d’aide renoncent, malgré les besoins croissants en nourriture et de soins médicaux. Quatre millions de Syriens sont réfugiés, 2 autres millions ont fuit au Liban, en Jordanie ou en Turquie. L’ONU prévoit que ce nombre va doubler en 2014.

La situation est encore aggravée par la vague de froid qui s’est abattue sur la région, en faisant l’un des hivers les plus humides et froids jamais enregistrés. Les camps de réfugiés sont transformés en marécages, les réfugiés n’ont pas d’argent, ils ne peuvent pas travailler, et beaucoup d’entre eux n’osent même pas se déclarer en tant que réfugiés car ils ont peur des représailles des forces de Bashar al-Assad. Ils ne reçoivent donc pas d’aide : le protocole de l’ONU oblige à informer le régime du retour de tout réfugié et de quelle frontière il a utilisé pour cela.

L’organisation d’Anat (qui accepte des dons sur http://www.il4syrians.org/) se consacre justement à ces oubliés de l’aide internationale institutionnelle. Même les pays qui acceptent des réfugiés, avec réticence, le font car ils reçoivent de l’argent des instances internationales pour chaque réfugié officiel. Alors que les grandes ONG humanitaires reçoivent des donations grâce à d’importantes campagnes publiques, Anat ne dispose que du bouche à oreille. Son travail reste pour la plus grande part secret : la publicité mettrait leur vie en danger. Rien dans cette interview ne comporte la moindre information qui aiderait à révéler l’identité d’Anat.

L’argent provient de dons de riches Israélien et Juifs américains qui, comme Anat, croient en une voie plus pacifique, même au Moyen-Orient. Le Dalai Lama, Bill Clinton et le président d’Israël Shimon Peres font partie de ses fans.

La transformation d’une jeune mère célibataire en combattante contre la misère du monde est digne d’un roman de Tom Clancy. Anat et son équipe sont tous Israéliens. Ils aident souvent des gens qui sont leurs ennemis déclarés, et ils prennent de gros risques pour cela. Ils sont très conscients du danger et ils l’acceptent, gardant un profil aussi bas que possible. Son équipe, soigneusement sélectionnée, de 200 volontaires actifs comprend d’anciens membres des commandos israéliens, des médecins, travailleurs sociaux, infirmiers et spécialistes des traumas arabophones. Leur objectif est très simple : y aller, apporter l’aide et ne pas se faire prendre. Les missions sont “top secret”, dans des lieux hostiles où des citoyens israéliens seront torturés si capturés, et Anat et sont équipe en acceptent le risque. « Personne ne demande la permission de tuer, nous ne demandons pas celle de sauver des vies » dit-elle.

Il est demandé aux volontaires de rédiger leur testament et mettre leurs affaires en ordre avant de partir en mission. Anat a demandé à sa mère de ne pas demander au gouvernement de négocier sa libération si elle est capturée.

Jusqu’à présent, Anat a livré plus de 1200 tonnes de nourriture et médicaments aux réfugiés syriens. Pas mal pour une organisation clandestine. Elle ne dit pas comment elle y arrive, mais une fois, à un contrôle à un point de passage, elle a dit au garde frontière « OK, tire-moi dessus », puis elle a appuyé sur le champignon.

« Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme elle » dit “Yusuf,” ancien commando de Tsahal, l’un des volontaires d’Anat, Bédouin israélien. Comme Anat, il croit que la Politique doit être laissée aux politiciens. Depuis qu’il avait quitté l’armée, il cherchait quelque chose d’excitant, et ayant un sens, à faire. On ne fait pas mieux, dit-il.

J’ai demandé à Anat si elle n’est pas tentée parfois de dire qui elle est. Oui, m’a-t-elle répondu, une fois : « Alors que je distribuais des paquets de nourriture dans un camp de réfugiés, une femme m’a demandé si j’étais italienne. Je ne sais pas pourquoi, j’ai décidé de dire la vérité. Une vieille femme m’a embrassée, et m’a bénie, quelques personnes quittèrent la file d’attente. Je les comprends. On leur a répété pendant des décennies que nous étions le diable. C’est difficile de voir ses certitudes s’effondrer devant la réalité ».

Quelques voix critiques se sont fait entendre en Israël. Certains sont inquiets que les vies qu’elle sauve aujourd’hui seront des ennemis déterminés demain. D’autres suggèrent que l’argent serait mieux employé à venir en aide aux pauvres, nombreux, dans le pays. Anat n’est pas d’accord : « Il y a en Israël plus de 40 000 ONG dont le travail est d’aider les pauvres, nous sommes la seule qui va aider les autres. Il y a de la place pour les deux ».

Adaptation Norbert Lipszyc


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