Pas à pas, Israël déploie son artillerie diplomatique lourde… ses diplomates arabes

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George Deek

George Deek est le Chef de Mission adjoint près l’Ambassade d’Israël à Oslo. Il est arabe, originaire de Jaffa. Après de brillantes études à l’IDC à Hertzliya, il a intégré le ministère des Affaires étrangères. Sa première mission s’est déroulée au Nigeria.

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George Deek occupe un poste très sensible à  l’Ambassade d’Israël à Oslo depuis un an où il seconde  l’Ambassadeur Naïm Araidi, d’origine arabe aussi. Il est né à Jaffa et est  issu d’une des plus anciennes  familles arabes chrétiennes de la ville – installée depuis plus de 300 ans. Il a  effectué la plus grande partie de sa scolarité au Collège français des Frères de Jaffa. Il a continué ses études secondaires au lycée public municipal de Tel-Aviv où il était le seul élève arabe.
Après l’obtention de son baccalauréat à 17 ans, il a poursuivi des études supérieures de droit à l’IDC Herzliya puis a  intégré le Barreau de Tel-Aviv pour devenir avocat. Il entre alors au Cabinet d’avocats international Baratz à Tel-Aviv.

En 2008, il est admis au ministère israélien des Affaires étrangères, un des plus prometteurs de sa promotion sur une trentaine de cadets, sélectionné parmi plus de 2 800 candidats. Pour sa première mission au sein d’une ambassade, il est envoyé au Nigeria pendant 3 ans en tant que Chef de Mission adjoint. “Ce fut une expérience extraordinaire. C’est fascinant de voir comment toutes les communautés, tribus, ethnies vivent ensemble. J’ai beaucoup appris”.

Depuis un an il occupe le poste de numéro 2 à l’Ambassade d’Israël à Oslo.

 George Deek Nigeria“Je ne suis pas arrivé au ministère par hasard, il y a une expression qui dit “quand l’élève est prêt, le maître apparaît“. Mon père dirigeait la communauté chrétienne orthodoxe de Jaffa. J’ai été élevé dans une famille qui travaille avec altruisme et philanthropie. J’ai été scout et ai fait partie d’un groupe de musique composé de 140 musiciens bénévoles.  Mon père a toujours travaillé pour sa communauté, pour son voisinage. C’est une nécessité lorsque l’on fait partie d’une minorité. On apprend beaucoup : qui on est, où l’on va. Cette éducation m’a fait comprendre combien je voulais me rendre utile, faire quelque chose pour mon entourage. Mon métier d’avocat ne me suffisait pas, même si je faisais gagner mes clients. C’est pour cela que j’ai voulu devenir diplomate.”

Certains Arabes israéliens se disent “Arabes de Palestine”. Il se confie sur son appartenance à la communauté chrétienne-grecque orthodoxe d’Israël et sur la place des Arabes israéliens. D’après lui, Il existe différentes expressions de l’identité en Israël, c’est un concept fluide, non figé. Certains peuvent se définir comme Israéliens ou bien Arabes, Palestiniens, Musulmans. L’identité ne constitue pas un problème en soi, c’est surtout une question d’émotion qui fait qu’ils se définissent comme Arabes de Palestine.  Il y a des cas extrêmes et des identités évidentes. Aucune contradiction, on peut être fier d’être Israélien, et dans le même temps, fier d’être Arabe.

George nous explique que les Arabes israéliens peuvent se définir de trois manières. Le première est de “Ne pas être Israélien… être Palestinien mais citoyen d’Israël (c’est une triste contradiction car s’il n’y a pas d’intégration, une barrière existe entre les Juifs et les Arabes). Un tel manque de tolérance n’apporte aucun bénéfice. Ce groupe est un phénomène minoritaire en Israël. La deuxième option qui représente la majorité des Arabes, est l’assimilation en reniant leur identité ethnique et a mon avis c’est aussi un triste et tragique constat. Le troisième choix, ce sont les personnes qui sont fières de leurs origines arabes, fières de leur héritage et en même temps, choisissent de jouer un rôle citoyen constructif . Je suis moi-même très fier de mes origines et d’être Israélien. Je crois en l’acceptation, l’ouverture et la tolérance.”

“Les Arabes israéliens apportent une importante contribution à l’Etat d’Israël.”

Au sujet des chrétiens du Moyen-Orient, il considère que le sujet n’est pas assez évoqué dans les médias. “Les chrétiens vivent au Moyen-Orient depuis 2000 ans, époque de Jésus-Christ. La situation actuelle des Chrétiens d’Orient est très difficile. C’est une communauté très éduquée, d’intellectuels, d’hommes d’affaires. Dans la région, le nombre de chrétiens est en déclin. “Je viens du seul pays du Moyen Orient où le nombre de chrétiens augmente – Israël. ” La pratique religieuse y est libre. Que vous soyez musulman, druze, bahá’í, chrétien etc… Israël est une plateforme de tolérance à mes yeux. “C’est le seul Etat démocratique de la région avec un véritable modèle de multiculturalisme.”

Il n’hésite pas à interpeler les gouvernements européens pour qu’ils se préoccupent et  protègent davantage les chrétiens d’Orient. Pour lui c’est une nécessité.

Il nous parle de la communauté grecque orthodoxe, issue de l’Empire byzantin. Ce sont des chrétiens d’Orient. Leur présence est  continuelle dans la région. “Cette communauté est vibrante et pluraliste en Israël.”

“C’est une minorité  parmi une minorité. A Jaffa on ne sait pas qui est catholique ou grec-orthodoxe. Nous célébrons ensemble les fêtes. 40% de la communauté chrétienne est orthodoxe. C’est la plus dynamique parmi les Arabes de religion chrétienne. Nombreux accèdent à des postes très élevés comme, George Karra, le Juge de la Cour Suprême d’Israël, celui-là même qui condamna l’ancien Président de l’Etat Moshé Katsav. Personnellement, mon père était un dirigeant actif et respecté de la communauté chrétienne grecque orthodoxe de Jaffa.”

En parallèle des Printemps arabes, un nouveau parti arabe ,‘B’nei Brit Hahadasha‘ – les fils du Nouveau Testament, a émergé cette année : il appelle les Arabes chrétiens à s’engager dans l’armée israélienne. Ce nouveau mouvement est mené par Bishara Shilyan, député de Nazareth, qui a formé ce parti arabe patriotique, sous l’impulsion du Père chrétien orthodoxe Gabriel Nadaf. George  nous explique qu’il y a des discussions animées parmi les Arabes en général et chez les chrétiens en particulier. “Chacun a son libre arbitre, c’est l’essence même du concept de liberté, d’une société libre et démocratique. Si quelqu’un veut être volontaire dans un hôpital, une école, un centre communautaire ou bien à l’armée, c’est un choix qui doit être respecté. Cependant, la société israélienne est assez riche pour inclure tous ces choix, et elle n’a pas besoin d’être seulement basée sur la question du service militaire. Il y a d’autres moyens de contribuer et travailler ensemble, dans les communautés, dans le domaine économique, la recherche…”.

George connait très bien Jaffa où il a grandi et où vit sa famille. Souvent réduite d’après lui à l’image du film “Ajami“. Il  nous fait part alors de son expérience quotidienne.

” Dans mon immeuble à Jaffa, nous sommes quatre familles vivant ensemble : arabe-chrétienne, arabe-musulmane, juive et un prêtre catholique (ancien enfant juif caché en Pologne). Quatre appartements, quatre religions qui vivent vraiment ensemble. Nous nous aidons, nous sommes une grande famille. Je pense que la paix n’est pas un bout de papier que l’on signe, on doit vivre ensemble, côte à côte. Le meilleur modèle est le vivre ensemble”. Musicien dans l’âme, il compare la paix à la méthode Suzuki, on écoute, on joue et après on apprend le solfège”.

Il faut créer des ponts avant de signer.

“Les connections sont naturelles. Etre voisin est suffisant. Il y a une expression en arabe qui dit “nous sommes une culture de voisinage, non de discussion”. L’école et les mouvements de jeunesse comme les scouts sont des lieux de rapprochement naturel, où le dialogue interreligieux est très fort. “

Son professeur d’arabe à l’école était le Cheikh Sliman Saad Satel, imam de la mosquée Al Nuzha à Jaffa. La structure de coexistence de la ville est très délicate à Jaffa. Il y a deux mois, la tombe de son père a été profanée par des militants du groupe extrémiste juif “Tag Mehir”.

 “Je ne veux pas leur donner beaucoup d’attention mais…”, rappelons nous de la déclaration de Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, “ce groupe va être pourchassé avec tous les moyens légaux qui sont à notre disposition”, George ajoute “nous devons être fermes devant eux, ensemble. Ils cherchent à nous diviser. C’est donc pour cela que je veux continuer à travailler avec les autres communautés. C’est mon rôle de diplomate.”


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