Jérusalem : Une nonne éthiopienne de 90 ans triomphe au Festival de Musique

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Lors du récent Festival de Musique Sacrée qui a duré quatre jours à Jérusalem, des centaines d’amateurs de musique et des artistes se pressaient dans les lieux saints de la ville pour entendre les traditionnelles musique spirituelles et religieuses du monde.

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Avec les meilleurs talents venus du monde entier pour participer au festival, personne n’avait prévu que la plus grande attraction viendrait d’une nonne timide de 90 ans.

D’origine éthiopienne, Emahoy Tsegue-Mariam Gebru, qui a vécu dans l’isolement pendant plus de trois décennies, s’est professionnalisée en musique du monde classique grace à l’inspiration divine.

Les critiques qui étaient venus au cours de ses enregistrements l’avaient qualifié de “trésor musical.” Mais cela était bien avant que le festival israélien prouve le succès de sa musique dans le monde entier.

Gebru a sorti son premier album en Allemagne en 1967 et a publié plusieurs autres ouvrages au fil des ans. Une organisation à but non lucratif d’éducation qui porte son nom – la Fondation Emahoy Tsege-Mariam (ETM) – enseigne la musique classique et le jazz pour les enfants en Afrique, et aide les enfants américains à étudier la musique en Afrique.

La jeune musicienne israélienne Maya Dunietz a travaillé pendant sept mois sur la transcription des compositions de Gebru dans un format de livre. Après trois concerts consacrés aux compositions de Gebru rappellés pendant le discours du Festival de Musique Sacrée, Dunietz et un groupe de musiciens israéliens travaillent maintenant  sur un nouvel album qui sortira l’année prochaine, et peut-être même un autre livre de ses compositions.

“Ce fabuleux projet a pris forme alors qu’elle était encore en vie. Elle a pu voir et entendre d’autres artistes jouer et chanter sa musique” nous raconte le chef d’orchestre et mari de Dunietz,  Ilan Volkov. “Elle rêvait d’être reconnue pour ce qu’elle fait. Ces concerts lui ont montré quel succès a sa musique”.

Aristocratie éthiopienne au monastère de Jérusalem

La religieuse est née sous le nom de Yewubdar Gebru le 12 Décembre 1923, à Addis-Abeba, dans une famille d’aristocrates. À six ans, elle et sa sœur ont été envoyés dans un pensionnat en Suisse. Lorsqu’elle vit son premier concert de piano, elle décida alors de jouer et d’étudier la musique, en premier le violon, puis le piano.

Elle est repartie à Addis-Abeba en 1933, mais sa famille et elle sont exilées 4 ans plus tard d’Ethiopie. Gerbu est cependant retournée dans son pays natal quelques années plus tard. Elle a reçu une bourse pour étudier la musique à Londres, mais les autorités éthiopiennes lui ont refusé la permission de quitter le pays.

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Son rêve d’une carrière dans la musique s’est arrêté et Gebru a fui secrètement vers le monastère Mariam Guishen, où elle a servi deux ans, et devient religieuse à l’âge de 21 ans. Elle reçoit plus tard le titre Emahoy et son nom a été changé pour Tsege Mariam.

Après la mort de sa mère en 1984, Gebru fui vers le monastère éthiopien de Jérusalem puisque la doctrine socialiste qui règne en Ethiopie n’est pas en accord avec ses croyances religieuses.

Pendant près de trois décennies, c’est dans une petite pièce étroite de la rue Ethiopie à Jérusalem, que Gebru a servi l’église en se repliant discrètement sur sa musique bien-aimée. Elle jouait jusqu’à neuf heures par jour et a ainsi écrit d’innombrables compositions pour violon, piano et orgue concerto.

Volkov nous confie que sa musique est le récit de sa vie. “C’est très méditatif et introspectif. L’air est mélancolique, beau, généreux. Certaines œuvres sont plus tournées vers l’extérieur, mais d’autres communiquent des sentiments de solitude. C’est un dialogue entre une personne et son Dieu “.

Volkov n’avait pas l’idée qu’en achetant un CD à Londres il y a huit ans de cela, pour sa pianiste, chanteuse et compositeur, mais surtout son épouse Maya Dunietz, aurait totalement changer sa vie, celle de Gebru et celle du monde de la musique classique. Lui et Dunietz ont écouté le disque et sont restés en admiration devant le “mélange des styles de blues, de classique et de musique traditionnelle éthiopienne”, dit Volkov. Ils ont lu le livret pour en savoir plus sur le musicien et ont été estomaqués de découvrir qu’elle vivait à Jérusalem.

Isolation à l’honneur

Gebru, selon les organisateurs du Festival de musique sacrée de Jérusalem, est “l’un des compositeurs les plus importants que l’Afrique n’ait jamais produit.”

Heureusement pour les amateurs de musique du monde, Dunietz et Volkov se sont liés d’amitié avec Gebru qui leur a confié de transporter sa musique dans le monde.

Dans un premier temps , ils ont rendu visite à l’incroyable musicienne dans sa petite chambre du monastère. Parfois, elle joue du piano pour eux , d’autres fois , ils s’asseyaient en silence. Leur lien n’a fait que grandir et Dunietz a même organisé un voyage au Kinneret (lac de Tibériade), qui était un des rêves de Gebru .

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Puis, il y a deux ans Gebru a surpri Dunietz avec un cadeau inattendu .

“Elle m’a remis quatre sacs en plastique – de vieux sacs d’Air Ethiopie – contenant des centaines de feuilles , toutes mêlées dans un grand désordre , écrites au crayon , certains d’entre elles datant de 60 ou 70 ans, ” a déclaré Dunietz au Journal anglais The Guardian . “C’était toutes les compositions qu’elle avait écrit et qu’elle conservait dans sa chambre . “Faites-en un livre”, m’a-t-elle dit”.

Dunietz se tourna vers les organisateurs de la Saison de la Culture de Jérusalem pour recevoir de l’aide. En plus du livre, c’était la première fois que Gebru a entendu sa musique, interprétée par des musiciens professionnels lors du festival de Musique Sacrée.

Gebru a été tellement submergé par l’attention qu’on lui a apporté qu’après quelques entretiens, elle s’est retiré de nouveau dans sa solitude , en laissant Volkov, Dunietz et d’autres artistes parler en son nom.

“Emahoy a créé son propre genre de musique”, a avoué Volkov. Il a ajouté qu’elle attire les influences des maîtres classiques européens tels que Chopin , Beethoven et Strauss, mais aussi la musique d’église éthiopienne ainsi que les stars de la pop éthiopienne des années 1960.

“C’est de la musique classique mais aussi sacrée. C’est intime, honnête et très penché sur la famille, la mort, l’amour, et l’amour d’une mère. Ses compositions racontent des histoires de différents éléments de la vie”.

Volkov dit que Gebru “a encore beaucoup de musique à nous faire découvrir. Elle a même des chansons en six langues qui nous l’espérons verons le jour très prochainement”.

Dunietz espère s’unir avec d’autres musiciens éthiopiens afin de présenter la musique de Gebru sur les scènes à l’étranger. L’équipe qui se trouve derrière le premier livre de Gebru est maintenant en contact avec une petite maison de disques et travaille sur d’autres de ses compositions , promettant au moins un enregistrement dans l’année à venir.

D’un autre côté, Volkov ajoute qu’il est très probable que Gerbu compose encore. Affaire à suivre…

Source : israel21c.org


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