Les touristes palestiniens à la conquête de Tel-Aviv

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Le Musée de l’Etzel, près de la plage de Charles Clore à Tel-Aviv, rassemble de nombreux récits de l’histoire liée au conflit israélo- arabe, y compris la conquête de Jaffa. Le groupe de jeunes Palestiniens qui est arrivé hier à la plage à Tel-Aviv et assis sur les marches du musées n’en avait aucune idée. “C’est la première fois de ma vie que je me rends à Tel-Aviv, dit Ligal Atchi, 24, qui est venu en ville avec quelques amis de Ramallah pour une bonne journée. J’ai toujours rêvé des plages de Tel-Aviv, que j’ai vu en photos et sur la carte. Quand je suis arrivé ici ce matin, j’ai été ébloui par la beauté de la ville”.

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Atchi travaille dans une usine d’aluminium près de Beit Horon. Deux semaines auparavant, il a demandé un visa de tourisme à l’Administration civile, à l’occasion du Ramadan. Il fait partie du million de Palestiniens à qui ont été accordés des visas touristiques d’entrée en Israël, à l’occasion du mois de Ramadan. Des milliers d’entre eux ont déjà rempli hier les plages de la ville blanche.

Les secouristes des plages ont été avisés de l’arrivée des invités qui s’apprètent à inonder la plage dans les prochaines semaines. On les entend à travers les haut-parleurs sur la plage Charles Clore, criant en arabe aux baigneurs imprudents égarés loin des bouées de sécurité. “Ils sont indisciplinés”-dit un sauveteur – “certains d’entre eux sont ravis de se baigner dans la mer pour la première fois, mais ils ne connaissent pas les règles et les dangers de la mer”.

“Pour moi c’est comme si j’étais à l’étranger”, admet Mohamed Adana, un étudiant âgé de 20 ans du district de Ramallah, qui ne cache pas son enthousiasme de visiter la Terre Sainte. “Je veux aller à Paris et à Berlin, mais le fait est que Tel-Aviv est loin d’une ville européenne. C’est ma première fois ici. Nous nous nous sommes promener sur la plage cette fois-ci, mais la prochaine fois j’aimerais aussi faire un tour à Jaffa”.

Bon pour les deux côtés

Jusqu’à présent, selon les données fournies par le COGAT (Coordonnateur Gouvernemental des Activités dans les Territoires), 100 000 Palestiniens ont reçu des visas d’entrée. Ils visitent leurs familles sur le côté occidental de la ligne verte ou vont prier à la mosquée d’Al Aqsa. Cependant, le plus gros des visiteurs est prévu le jour de l’Aid el-Fitr, à la fin du Ramadan. Des centaines de milliers de Palestiniens vont affluer vers les plages et les clubs de Tel-Aviv. Ils préfèrent dépenser leur argent  ici plutôt que dans les villes palestiniennes.

“La procédure est simple”, explique Yusuf de Naplouse : “vous faites votre demande à l’ACD palestinien (Bureau de Coordination du District), qui la transmet à la partie israélienne. La demande est généralement approuvée. Tout cela prend 24 heures, parfois moins, en fonction du temps que vous voulez rester en Israël. Nous voyons cela comme quelque chose de positif. Les Palestiniens, qui habituellement voient les Israéliens comme des soldats ou des colons,  se familiarisent avec d’autres visages juifs.

Les esprits et les pensées évoluent des deux côtés. Pourquoi ? Parce que les Juifs aussi rencontrent pour la premières fois des Palestiniens de Cisjordanie et découvrent qu’ils se ressemblent beaucoup.

“Venez pour l’Aid el-Fitr, vous ne reconnaitrez pas vos plages”, promet Rabia, 19 ans, de Naplouse. “Selon moi, environ un demi-million de Palestiniens viendront vers les plages de Tel-Aviv et Jaffa et vont conquérir les villes, pubs et discothèques. Nous allons beaucoup nous amuser”, ajoute-t-il en riant.

Mais Karim de Ramallah, un homme plus âgé, a déjà utilisé le permis d’entrée à d’autres fins. “Je ne compte pas utiliser mon visa pour aller au bord de la mer ou pour le divertissement”, explique-t-il. “Je suis un homme de travail. Jusqu’à présent je suis allé avec ma famille à Jérusalem, pour prier à Al Aqsa. C’était vraiment cool et plus rapide à la frontière. On se sent bien quand le côté juif et la partie palestinienne essaient de rendre les choses plus facile pour nous lors du Ramadan.

Yusuf de Naplouse croit que c’est dans l’intérêt d’Israël de permettre au plus grand nombre de touristes Palestiniens de venir. J’ai estimé qu’environ 1 milliard de Shekels sont  investis en Israël par les visiteurs de l’Autorité palestinienne. Tout comme les Israéliens voyageant en Europe qui dépensent beaucoup d’argent lors de leur séjour. Les Palestiniens voient leur visite en Israël comme leur congé annuel. Une famille palestinienne, voyageant à travers Israël, qui va à la plage, consomme des boissons et de la nourriture pour les enfants, peut dépenser en deux-trois jours, 1000 Shekels et plus encore. Je ne comprends pas Israël. “Il devrait ouvrir ces passages tout au long de l’année pour les Palestiniens qui ne font pas de problèmes. Au-delà des revenus financiers, cela améliore le sentiment de coexistence, de réconciliation et d’ouverture entre les deux peuples”.

Inch Allah, je reviens  demain

Mais certains désapprouvent les dépenses faciles des touristes palestiniens en Israël. “Je suis propriétaire d’un restaurant et je suis étonné que ma boutique reste vide pendant le Ramadan”, dit Karim déçu, dont le restaurant se trouve près de la place Arafat au cœur de Ramallah. “A la fin de la période des fêtes, 8000 Shekels seulement me restent , la situation est  vraiment mauvaise. Dans cette période je suis censé couvrir mes pertes de toute l’année, mais vous pouvez voir  Ramallah et les autres villes palestiniennes se vider tout d’un coup. Pendant que je regarde tourner le shawarma dans mon restaurant, ils dépensent leur argent en Israël au lieu de renforcer le marché local. Bon nombre d’entre eux préfèrent acheter dans les centres commerciaux de Tel-Aviv et Jérusalem des choses qu’ils pourraient obtenir pour la moitié du prix ici à Ramallah, mais ils obtiennent un sentiment de liberté et d’être presque à l’étranger”.

Et puis il y a Mahmoud, un résident d’Hébron dont le visa a été refusé. Il est l’un des rares qui n’ai pas reçu le permis de se rendre en Israël. “C’est vraiment irritant”, avoue-t-il, “j’ai fait des trucs stupides quand j’étais un gamin, et maintenant ils ne me laissent pas. Tous mes amis vont à Jaffa et à Tel-Aviv, et je dois me contenter des choses qu’ils me rapporteront de là-bas”.

Mahmoud trouvera du réconfort dans des fêtes locales, faute d’alternative : “en revanche, qui a besoin de Tel-Aviv ? Nous avons des cafés qui restent ouverts jusqu’à pas d’heure, des clubs où vous pouvez fumer le narguilé et jouer au billard et même danser. Vous pourrez vous divertir n’importe où”.

La plupart des touristes palestiniens qui ont vécu des vacances israéliennes prévoient déjà leur prochaine escapade – un autre jour de distraction sur les plages de Tel-Aviv ou sur les marchés de Jaffa. “Ce que j’ai vu aujourd’hui, mec, c’était une expérience”, dit Mariub Ashi, 25 ans, qui vit dans un petit village entre Ramallah et Jérusalem, peu après être sorti de l’eau. “J’ai tout aimé ici – la nourriture, la mer, l’air, même les belles filles de la plage. Inch Allah, je reviendrai encore demain, mais ce soir, je dois rentrer dans mon village pour 22h00, c’est ce qui est écrit sur mon visa israélien”.


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