Rencontre avec Nicolas de Sciences Po après une année en Israël

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Il y a des rencontres auxquelles on ne s’attend pas et qu’on n’oublie pas. La rencontre racontée dans cet article est celle de Nicolas Brault, un étudiant de Sciences-Po à Paris, non-juif et français avec Israël. Dans le cadre de ses études, Nicolas avait le choix parmi plus de 500 universités dans le monde pour passer y sa troisième année. Il a choisi celle de Tel Aviv. Pendant un an, le jeune homme est parti à la découverte du pays et de son histoire. Revenu il y a un mois, il livre ici ses impressions.

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Sur son projet d’étudier en Israël :

Nicolas confie que son envie de visiter Israël remonte à ses 14-15 ans. Sa détermination était telle que c’est la raison pour laquelle il a choisi Sciences-Po, avec sa troisième année obligatoire à l’étranger. Ayant reçu une éducation d’athée, Ce n’est pas pour des raisons religieuses ou spirituelles qu’il justifie son projet. C’était un besoin sans explications apparentes, “une attraction pour un pays et un peuple fascinant par sa culture, son histoire et le message de son judaïsme” dit-il. Il est parti à la recherche de ce sentiment spirituel qui lui manquait, comme une attraction par le vide. Mais il insiste qu’avec tous ces éléments en tête, il est parti sans fantasmes ni préjugés sur Israël.

Il a découvert une dimension intime en arrivant là-bas. Par rapport à la culture israélienne, Nicolas avoue avoir développé une vraie fascination pour l’histoire et les arts israéliens. Dès ses 14 ans, il lisait Le Monde pour s’informer le plus possible sur Israël. Un aspect politique a, de cette manière, grandi en lui sans pour autant le focaliser sur le conflit israélo-palestinien.

Sur la réaction de son entourage :

Nicolas admet que son entourage a montré beaucoup d’incompréhension envers son projet : “Ils avaient peur à cause des clichés sur le conflit”. Sa décision était d’autant plus percutante quand on sait que la plupart des étudiants de Sciences-Po, en général, partent soit aux Etats-Unis soit restent en Europe, et que le peu d’étudiants à être partis en Israël y avaient des attaches.

Nicolas a développé des réponses routinières à toutes les questions qu’on lui posait. Ce qui l’a choqué, c’est une culture anti-israélienne qui en découlait en France, un thème courant qu’il estime être rattaché à de l’antisémitisme. Pour autant, Nicolas n’a jamais remis en question sa décision.

Sur Israël :

Avec un profil atypique, Nicolas a trouvé un accueil chaleureux à Tel-Aviv, et s’est dit “reçu partout comme un prince”. Il dit : ” La ville m’est apparue comme un eldorado de tolérance et d’ouverture, caractérisée par son progressisme et sa liberté identitaire”. Il décrit comment tout le monde peut y jouir d’une liberté absolue, et combien il a apprécié ce changement d’environnement comme une coupure avec le milieu parisien.

A l’université de Tel-Aviv, Nicolas a fait un Ulpan (un programme de langues intensif pour apprendre l’hébreu) et a apprécié cet apprentissage pour ensuite pouvoir lire des textes bibliques en langue originale. Il a rencontré des étudiants arabes-israéliens face à un tiraillement identitaire. Ceci lui a fait voir Tel-Aviv comme refuge pour des gens aux identités conflictuelles.

Il a suivi des études théologiques. Elles lui ont fait découvrir la tradition et le message judaïques qui l’ont stimulé intellectuellement. Cette année lui a graduellement fait vivre une forme de spiritualité, d’exploration religieuse en rupture avec son éducation d’athée. Ses visites à Jérusalem ont confirmé, avec encore plus d’intensité, ce sentiment.
Mais c’est une grande randonnée en Galilée qui fut son voyage le plus marquant de l’année. Avec son frère et un ami, ils ont marché en partie le long du Jesus Trail et explique avec excitation combien il a adoré pouvoir suivre cette succession d’églises le long du lac de Tibériade.

Sur son voyage à Ramallah:

Pour son premier voyage dans les territoires palestiniens, Nicolas s’est rendu à Ramallah le lendemain de la reconnaissance par l’ONU de la Palestine. Accompagné d’amis qui avaient de l’expérience, Nicolas n’avait pas peur mais appréhendait tout de même un peu le checkpoint à cause d’histoires qu’il avait entendues. Au checkpoint, il n’a rencontré aucun problème mais confie son désarroi face à l’étroitesse et la condition de l’endroit. La jeunesse des soldats en service et sans encadrement, la tension environnante qui provoque la perte de contrôle de soi, lui ont fait ressentir des difficultés quant au point de vue humain.

A son arrivée à Ramallah, il décrit une ville bondée et active, sans touristes mais des drapeaux partout et un fort engouement pour cette journée exceptionnelle. Mais le plus intéressant, c’est l’expérience saisissante à laquelle il a pris part. Nicolas ne s’était pas rendu à Ramallah pour militer mais simplement pour observer. Il s’est vite retrouvé mêlé à la liesse nationale. Néanmoins, toute cette explosion de joie s’est arrêtée dès l’arrivée de Mahmoud Abbas pour son discours. Les gens sont devenus très sérieux et ne l’ont pas applaudi. Il a stoppé court à cet engouement et après son discours, les gens ont repris leur vie courante comme si de rien n’était.

Sur le portrait d’Israël dressé par la France :

Revenu en France, Nicolas estime avoir changé sur un plan idéologique. Même si il le pensait déjà avant, il n’a plus peur maintenant de se revendiquer comme sioniste. Il remarque néanmoins avec dégoût combien cette revendication peut être accompagnée d’une image de colon extrémiste. En tant que Français, il s’estime blessé par l’antisionisme flagrant et l’animosité contre Israël que l’on retrouve dans beaucoup de cercles. Le fait que certains trouvent Dieudonné complètement légitime par exemple, l’abasourdit.

“Si je devais militer,” dit-il, “ce serait pour la réhabilitation du sionisme en France”. Mais il insiste sur le fait qu’il ne considère pas avoir plus de légitimité maintenant pour commenter la situation lors de débats en France. Le plus souvent, il préfère les éviter. Par contre, les fois où il y participe, c’est souvent pour rééquilibrer les propos sur Israël.

Sur les tensions :

Nicolas nous a fait part de son vécu de l’Opération Pilier de Défense en novembre 2012. N’ayant jamais eu d’expérience de guerre auparavant, la première sirène, son bruit sinistre, lui a fait un choc. Il n’a pas voulu rentrer en France pour autant, simplement parce qu’il était parti en Israël en acceptant cette réalité et sans ignorer certaines difficultés. Il envisageait ce moment comme une partie intégrante de son année en Israël. Cela lui a permis d’ observer le manque d’informations de la part des médias européens quant à ce qu’ont vécu, au quotidien, des villes israéliennes durant l’opération.

Durant son année, le jeune étudiant a aussi remarqué un aspect raciste des deux côtés du mur, un aspect auquel il ne s’attendait pas. A Tel-Aviv, il distingue un fort sentiment anti-palestinien à cause de la perception de l’autre comme ennemi. Cela se ressent surtout dans la communauté de nouveaux immigrants venus de France et qui sont habitués à un antagonisme avec la population arabe. Mais les quelques blagues entendues ici et là ne reflètent pas la population de Tel-Aviv et il répète que ce phénomène reste tout de même marginal. Nicolas côtoyait en grande partie un milieu de gauche, composé de militants du parti politique Meretz et de l’association la Paix Maintenant (Shalom Akhshav), qui prônent un message de paix. 

A la fin de notre entretien, je demande par curiosité personnelle à Nicolas comment se passe son retour en France. “C’est pour l’instant un réajustement difficile.” A-t-il dit. “J’ai déjà prévu de retourner en Israël cet hiver”.


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